Théâtre
« Mort à Venise », les désirs fous d’Ostermeier

« Mort à Venise », les désirs fous d’Ostermeier

19 janvier 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est à guichet fermé que le Théâtre de la Ville offre aux chanceux ce qui s’annonce comme un événement théâtral marquant. Thomas Ostermeier a encore changé, il s’est encore renouvelé. Le boss de la Schaubüne se glisse à la perfection dans le jeu de la performance pour Une Mort à Venise   déjà présentée lors de la 16e édition du Festival « Mettre en scène » à Rennes ( voir notre critique)

[rating=5]

Avec Un ennemi du peuple, ( reprise du 27 janvier au 2 février)  il avait détonné, énervé, divisé. Il « manipulait » le public a-t-on pu entendre ! On avait été surpris de rencontrer un Ostermeier loin des plateaux tournants et des cages en verre. L’année dernière, ses Revenants semblait être un retour en arrière vers une posture classique. Et le voici, reçu en triomphe pour Mort à Venise.

Il faut d’abord oublier, le film de Visconti, le texte de Thomas Mann. Il faut se laisser prendre par la main et suivre le fil fort étrange que le fou d’Ibsen propose. Il y a aussi un spectacle qui démarre quand on ne l’attend pas et dont les scènes se découperont avec une suprise déconcertante . « L’abîme, où que nous nous trouvions, il nous attire ».

Cette phrase que le lecteur, abrité dans sa guérite prononce éclaire. Il sort de son rôle pour nous apprendre qu’ici, on touchera le fond.  Mort à Venise est une pièce totale qui en appelle à toutes les armes du spectacle vivant. On accède à l’espace de répétition. Des danseurs , un pianiste, un homme qui lit, une dame imposante qui prend la scène pour une loge. Pas de doute, nous sommes dans les coulisses et jamais nous n’en sortirons. Ici, la voix de l’exterieur, celle qui nous amène à Venise, dans la passion qui dévore Gustav Von Aschenbach. Lui, le vieux, désire en secret le beau Tadzio qui saura en jouer jusqu’à la mort, cette voix nous parvient uniquement via la lecture sobre  que fait François Loriquet de la nouvelle écrite en 1913 par Thomas Mann.

Le plateau nous garde dedans, au point que la vidéo s’invite de façon brillante pour nous faire entrer dans le cœur et dans l’âme des personnages. Nous sommes quasiment dans du mime ici. Pas de dialogue, pas de texte. Nous avons accès comme dans un film muet en costumes d’époque à un jeu qui est animé par une lecture.

Tout ce qui est proposé ici est brillant et la prise de risque d’Ostemeier qui se lance comme chorégraphe est totale bien qu’inachevée.  Nous sommes dans un plateau à l’esthétisme parfait où la circulation est d’un étonnement total.  La fulgurance de Mort à Venise repose sur une interaction entre le piano habité par un sound system de Timo Kreuser , la voix, la danse, le chant des Kindertotenlieder de Mahler, le jeu, la camera et le décor. Tout s’associe avec talent, dans un déploiement d’idées extrêmement cinématographiques ( a-t-on jamais vu des ralentis sur scène ?).

Avec une dose de nostalgie, nous sommes amenés à plonger dans la désespérance d’Aschenbach et cela en trois temps : l’avenir dans la première scène,  le présent dans la seconde et l’avenir noir dans la dernière.

Ostemeier signe une adaptation originale et étonnante de Mort à Venise, dans laquelle il a eu raison d’oser aller sur des chemins où l’on ne pensait pas le croiser

 Visuel : © Arno Declair

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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