Théâtre
MILK, le lait fort laid de Bashar Murkus

MILK, le lait fort laid de Bashar Murkus

13 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Notre déception est aussi vaste que nos attentes vis-à-vis de Milk, la nouvelle pièce de Bashar Murkus. Une pièce compassionnelle à l’esthétique douteuse qui fait se demander si le même artiste a pu commettre le chef-d’œuvre de l’année dernière, The Museum.

Donc, en 2021 nous découvrons, les yeux écarquillés, la banalité du mal de The Museum et avec elle le nom du Khashabi Theatre, un théâtre palestinien qui est basé à Haïfa, en Israël. Milk est l’exact opposé de The Museum.

Nous voici, dans la belle salle de l’Autre scène du Grand Avignon à Vedène face à un décor tout gris. Pour le moment, nous voyons un mannequin vitrine et une chaise. Arrive le chœur des femmes, qui sera silencieux tout du long. Le seul son est une musique omniprésente, super lyrique, qui appuie chaque émotion des actrices. Elles pleurent, la musique pleure comme si nous étions trop bêtes pour comprendre. Elles pleurent car leurs bébés sont réduits à des tas de plastique. Ça pue la mort et le deuil impossible. Mais nous ne pouvons pas, à cause de cette mise en scène, accéder à la douleur, juste, vraie, que le metteur en scène veut nous montrer.

La pièce est un tire-larmes efficace sur la difficulté à être une mère seule face à des enfants qui ne s’émancipent jamais. Le lait est évidemment celui qui coule des seins intarissables de ces femmes toutes différentes. Cela aurait pu être génial. L’idée que les femmes fournissent comme des machines. Cela aurait été génial si l’image n’était pas malencontreusement kitsch. Elles portent des pastiches très visibles qu’elles pressent.

Le décor est fait de tapis qui se soulèvent laissant apparaître des rivières de lait, là encore ça aurait pu être un geste fort.

Nous sommes donc à l’opposé du Museum, mais également à l’opposé de gestes radicaux, comme ceux du Manifeste de Gand. Quand Miet Warlop se cogne au réel pour nous réveiller, nous faire comprendre que l’épuisement n’est pas une issue de secours, Bashar Markus cherche sans y arriver à nous émouvoir face à ces femmes assaillies par la maternité, à la vie réduite à la fonction de vaches laitières.

En plus de l’aspect misogyne de cette proposition, elle est aussi fausse si elle vient dire la situation des femmes arabes-israéliennes et palestiniennes. Si vous en doutez, allez voir Ashtar Muallem se contorsionner à 11h au Sujet à Vif !. Nous ne disons pas que la souffrance est fausse, nous disons que pour la montrer il faut pouvoir la ressentir sans faux-semblants.

MILK, Bashar Murkus, 2022 © Mashal Kawasmi

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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