Théâtre
Dans un geste esthétique et dense, Louise Vignaud présente à La Tempête une pièce très attendue : Rebibbia

Dans un geste esthétique et dense, Louise Vignaud présente à La Tempête une pièce très attendue : Rebibbia

05 janvier 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Après plusieurs annulations et reports dus aux mesures sanitaires, Louise Vignaud présente au théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes son Rebibbia, une pièce magnifique sur l’emprisonnement. Elle y  confirme son génie d’une écriture dramatique pure et rude.

L’Université de Rebibbia est le roman autobiographique de Goliarda Sapienza, récit des huit jours  passés entre les murs de cette prison romaine au cœur de la cité à l’instar de l’ancienne prison de la Santé parisienne, à la suite d’un vol de bijoux. La romancière explore comment les codétenues inventent et fomentent des espaces de liberté au sein même du système carcéral; comment l’humanité s’y dissimule sans jamais renoncer . Le sujet est rebattu de la prison présentée comme l’échantillon paradigmatique de la société avec ses conflits, ses solidarités, ses désillusions et ses envies intriquées de meurtre et d’amour. Cependant le roman est aussi une suite captivante de portraits.

De cette suite Louise Vignaud a fabriqué une  pièce à l’appariement harmonieux et talentueux avec des comédiennes incroyables Prune Beuchat, Magali Bonat, Nine de Montal, Pauline Vaubaillon, et Charlotte Villalonga.

D’abord prostrée et déréalisée Goliarda (admirable Prune Beuchat)  se lèvera pour marcher vers des femmes,  de la jeune droguée à la rêveuse. En dix-sept tableaux, Giolarda traversera un noviciat, tandis que  nous cheminerons vers une vérité, au sein de la prison, réduction du monde. À chaque fois pour s’édifier elle même.

La scénographie joue des circulations entre les cellules, à travers les couloirs ou au milieu des communs, dont une salle d’eau pleine d’esprit, endroit de l’écoulement et de la stagnation  qui déplie l’ourlet entre l’individuel et le collectif.  Le trait de Louise Vignaud de l’hyperréalisme en une lecture naturaliste ne cède jamais sur la poésie. La metteuse en scène réussit à restituer une farouche pulsion de vie qui traverse les personnages, le plateau puis la salle. En même temps, elle pousse et repousse ce trait car elle cherche du réel en une description  jusqu’au-boutiste de la réalité enfermé dans le texte.

Depuis Le Misanthrope de Molière , Louise Vignaud pourchasse deux buts qui sont ô combien périlleux au théâtre,  le narcissisme assumé remplaçant l’hystérie trompeuse et la radicalité contenue. Une fois de plus elle aura réussi son geste. Dans un geste esthétique et dense son adaptation de  Rebibbia fait battre les corps des comédiennes et du public.  La pièce est à découvrir jusqu’au 16 janvier dans la grande salle du théâtre de la tempête. 

 

REBIBBIA d’après L’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza
L’Université de Rebibbia est paru dans la traduction de Nathalie Castagné aux éditions Le Tripode.
Rebibbia se veut une adaptation libre de ce récit, elle n’engage que ses auteurs.
adaptation Alison Cosson et Louise Vignaud
écriture Alison Cosson
mise en scène Louise Vignaud

Durée : 1H45

Théâtre de la Tempete, Cartoucherie de Vincennes 

Crédit Photo ©Christophe Raynaud de Lage

 

 

Crédit Photos Remi Blasquez

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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