Théâtre

Louise Vignaud crée Rebibbia au TNP Villeurbanne

Louise Vignaud crée Rebibbia au TNP Villeurbanne

27 novembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Après le succès de Phèdre au Studio-Théâtre de la Comédie Française, Louise Vignaud créé au TNP de Villeurbanne Rebibbia, une pièce sur la prison. Elle y  confirme son génie d’une écriture dramatique belle et édifiante car pure et dure.

L’Université de Rebibbia est le roman autobiographique de Goliarda Sapienza, récit des huit jours  passés entre les murs de cette prison romaine au cœur de la cité à l’instar de l’ancienne prison de la Santé parisienne, à la suite d’un vol de bijoux. La romancière explore comment les codétenues inventent et fomentent des espaces de liberté au sein même du système carcéral; comment l’humanité s’y dissimule sans jamais renoncer . Le sujet est rebattu de la prison présentée comme l’échantillon paradigmatique de la société avec ses conflits, ses solidarités, ses désillusions et ses envies intriquées de meurtre et d’amour. Cependant le roman est aussi une suite captivante de portraits. De cette suite Louise Vignaud fabrique une  pièce à l’appariement harmonieux et talentueux avec des comédiennes incroyables Prune Beuchat, Magali Bonat, Nine de Montal, Pauline Vaubaillon, et Charlotte Villalonga.

D’abord prostrée et déréalisée Goliarda (admirable Prune Beuchat)  se lèvera pour marcher vers des femmes,  de la jeune droguée à la rêveuse. En dix-sept tableaux, Giolarda traversera son noviciat, tandis que  nous cheminerons vers une vérité,  au sein de la prison, réduction du monde. À chaque fois pour s’édifier elle même et nous enseigner.

La scénographie joue des circulations entre les cellules, à travers les couloirs ou au milieu des communs, dont une salle d’eau pleine d’esprit, endroit de l’écoulement et de la stagnation  qui déplie l’ourlet entre l’individuel et le collectif.  Le trait de Louise Vignaud de l’hyperréalisme en une lecture naturaliste ne cède jamais sur la poésie. En même temps, elle pousse et repousse ce trait car elle cherche du réel en une description  jusqu’au-boutiste de la réalité enfermé dans le texte. Depuis Le Misanthrope de Molière monté aussi au TNP, Louise Vignaud pourchasse deux buts qui sont ô combien périlleux au théâtre,  le narcissisme assumé remplaçant l’hystérie trompeuse et la radicalité contenue. Une fois de plus elle aura réussi son geste.

 

 

 

Rebibbia d’après Goliarda Sapienza / mise en scène Louise Vignaud, durée : 1h45, Théâtre National Populaire, 8 place Lazare-Goujon, Villeurbanne jusqu’au 30 novembre.

 

 

Crédit Photos Remi Blasquez

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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