Théâtre
London 2012 : sport et culture, deux frères pas si ennemis que cela…

London 2012 : sport et culture, deux frères pas si ennemis que cela…

15 août 2012 | PAR Audrey Chaix

legacy des JO, de leur impact sur l’avenir, revendiqué tant et si bien qu’elle en était leur slogan, Inspire a generation ? La réponse à cette question-là, il faudra des années pour la construire. Occupons-nous de quelque chose de plus immédiat – et qui nous a beaucoup intéressé pendant ces Jeux : quels ont été les rapports entre les Jeux Olympiques et la culture dans une ville où théâtre, musées et musique sont des fiertés nationales ?

NVA - Speed of Light © Alan McAteer

La trentième olympiade terminée, les Britanniques se réveillent avec une énorme gueule de bois. Après l’euphorie d’être au centre du monde, d’avoir remporté 29 médailles d’or et d’avoir accueilli des Jeux largement acclamés comme une réussite, l’heure est au bilan : qu’en sera-t-il de la

Lorsqu’en 2005, Londres a remporté les Jeux Olympiques, l’une des promesses faites au monde – et surtout aux Londoniens ! – était que l’été 2012 ne serait pas seulement celui du sport, mais aussi celui de la culture. Comme le faisaient les Grecs lors des Jeux Olympiques antiques, selon la brochure du London 2012 Festival. Manière d’apaiser les craintes des professionnels de la culture, probablement, qui redoutaient la venue de milliers de touristes absolument pas intéressés par leur offre – et la fuite des Londoniens vers des horizons plus calmes. Cependant, la volonté d’allier sport et culture n’était pas seulement purement pratique : de nombreux liens existent entre les sports et les arts, qui se revendiquent chacun de l’universalité, de la paix entre les peuples et du bon vivre ensemble. Londres semblait donc désirer, en quelque sorte, accompagner ses Jeux Olympiques d’une Capitale Européenne de la Culture… dont les dates de début et de fin dépassaient par ailleurs celles, à proprement parler, des Jeux Olympiques. Enfin, cette initiative permettait aussi à la capitale britannique de fédérer encore plus de monde autour du projet des Jeux.

Pour mettre cette volonté en pratique, le Locog (Comité d’organisation des JO de Londres, présidé par Sebastian Coe) a souhaité mettre en place le London 2012 Festival, allant du 21 juin au 9 septembre 2012 (et couvrant donc la période des Jeux Paralympiques). Un festival officiel accompagnant les JO. Tous les arts y sont représentés, classés en neuf catégories : Art, Design and Exhibitions pour les arts visuels ; Comedy pour les spectacles de comiques ; Dance ; Film, Broadcast and Digital ; Museum and Heritage ; Music ; Outdoor and Carnival ; Poetry and Storytelling, et enfin, Theatre and Performance. Vaste programme… Une grande partie des événement est totalement gratuite, pour que tout un chacun puisse y accéder, et le festival ne concerne pas seulement la capitale, mais tout le pays.

Deux types d’événements se dégagent de ce festival : tout d’abord, ceux qui ont été créés pour l’occasion. C’est par exemple le cas du festival Shakespeare Globe to Globe, au Shakespeare’s Globe lui-même : 37 productions de pièces du Barde, jouées par autant de compagnies venant du monde entier. Titus Andronicus en cantonais, Hamlet en lituanien, Macbeth en polonais, et même Love’s Labour’s Lost en langue des signes britannique. Ou comment l’esprit des JO rencontre celui de Shakespeare, par ailleurs très présent dans l’ensemble de cette olympiade culturelle. Un autre événement créé pour l’occasion : le BT River of Music, sponsorisé par British Telecom, l’équivalent de notre France Télécom – comme quoi, les sponsors sont tout autant l’apanage des JO officiels que de ce festival… Le principe est fort simple, et très attractif : sur un week-end, cinq scènes sont dressées le long de la Tamise, de Battersea à Greenwich. Chaque scène est consacrée à un continent, les 205 nations participant aux JO sont représentées, et l’accès est gratuit. Nous étions à l’Oceania Stage à Greenwich, en plein cœur de l’Old Royal College : un décor idyllique entre Tamise et bâtiments historiques, des groupes venus du Sud Pacifique, une ambiance familiale et festive… En ces temps de crise qui ne permettent pas à tous de partir en vacances, ces petits oasis de détente en plein cœur de Londres, auxquels chacun peut se rendre, font se féliciter de ces Jeux.

Le London 2012 Festival regroupe également des événements culturels qui auraient tout aussi bien eu lieu si Paris (par exemple…) avait remporté la tâche d’organiser les JO. Citons par exemple le légendaire Festival d’Edimbourg, qui a lieu tous les ans, JO ou non, ainsi que les célèbres BBC Proms, au Royal Albert Hall, festival de musique classique annuel, véritable institution, ou encore l’exposition Damien Hirst à la Tate Modern, commencée depuis le 4 avril (critique à venir sur Toute La Culture). Occasion en or pour ces événements, qui, s’ils n’ont pas besoin de plus de notoriété, bénéficient d’une communication envers un public qu’ils ne toucheraient pas forcément sans ce London 2012 Festival.

Ce qui marque dans ce festival, c’est que la programmation fait la part belle – et c’est bien normal – aux structures subventionnées par l’État, qui ont donc plus bénéficié des JO qu’elles n’en ont pâti. Les craintes étaient pourtant grandes, à Londres principalement : le réseau de transports londoniens étant réputé pour sa médiocrité, une des plus grandes inquiétudes de tous, du Locog aux structures culturelles, était que les difficultés pour se déplacer seraient telles que personne n’oserait sortir de chez eux. Pour pallier ce problème, les autorités ont, en amont des Jeux, enjoint les Londoniens à rester chez eux. Tant et si bien que London Central s’est retrouvé, chose exceptionnelle, particulièrement tranquille pendant quelques jours au début des Jeux… Les touristes se concentraient dans les lieux olympiques, notamment à l’est de la capitale, tandis que les locaux restaient cloîtrés chez eux. Un problème aigu pour les structures culturelles londoniennes, qui ont vu leur taux de fréquentation baisser dangereusement… Un conglomérat réunissant le Locog, le maire de Londres, la société Transport for London et d’autres parties prenantes ont ainsi pris la tendance inverse, encourageant les gens à se rendre dans le centre-ville…

D’après Doug Buist, responsable marketing au Shakespeare’s Globe, cela n’a cependant pas particulièrement affecté les structures subventionnées. Probablement parce qu’en plus d’offrir

Suprises:Streb © Julian Andrews

une programmation attractive (au Globe, par exemple, une production fort attendue de Richard III a été programmée à cette période, avec Mark Rylance, star du théâtre britannique), ainsi que des productions d’Henry V et de La Mégère apprivoisée – « business as usual » pour citer Mr Buist, et des taux de remplissage du théâtre correspondant aux jauges habituelles. Nous étions à l’une des représentations de Richard III, et le théâtre affichait complet. D’autre part, les structures subventionnées – le Globe, mais aussi le National Theatre, le centre culturel Southbank, ou encore la Royal Shakespeare Company, ont largement joué le jeu en s’enthousiasmant pour les Jeux de manière visible, en faisant un outil de communication à part entière. Cela était particulièrement visible sur Twitter tout au long de la période : la RSC publiait chaque jour une citation de Shakespeare pour encourager les athlètes britanniques, le National Theatre s’est enflammé, c’est le cas de le dire, lors du passage de la flamme olympique devant ses portes… plutôt que de se positionner comme alternative aux JO, ces centres culturels et bien d’autres ont cherché à inviter le public à combiner les deux, et ont marqué leur volonté de participer à l’élan national envers cet événement de grande envergure.

Ceux qui ont fait grise mine, ce sont les théâtres privés du cœur théâtral londonien, le West End. Les raisons en sont assez simples : peu de Londoniens fréquentent en fait ces endroits, dont le marché principal est composé des touristes qui viennent voir des comédies musicales ou des grands noms de théâtre. La plupart des places sont d’ailleurs vendues le jour même, dans des petites échoppes spécialisées sur Leicester Square et aux alentours. Or, les touristes présents dans la capitale londonienne ces deux premières semaines d’août n’étaient pas vraiment là pour voir Mamma Mia!, et ceux qui viennent voir ces spectacles ont préféré éviter Londres cet été. L’ALVA (Association of London Visitor Attractions) a estimé que la fréquentation des lieux qu’elle représente se situait à 65% des taux de fréquentation observés habituellement à cette époque. Cependant, selon Doug Buist, cette baisse de fréquentation n’est pas seulement due à des contraintes conjoncturelles : la communauté des théâtres du West End n’a pas accueilli la perspective des Jeux avec enthousiasme dès le début, ce qui a peut-être contribué à les exclure de l’euphorie générale, et ne les a pas incité à prendre en compte ce paramètre pour pouvoir y remédier.

La conclusion que l’on pourrait peut-être tirer de ces différentes façons de réagir à un événement de l’ampleur des Jeux Olympiques est qu’il vaut mieux fait partie d’une dynamique à laquelle il est impossible de résister plutôt que de vouloir l’ignorer. Et surtout, ce que l’on retiendra de ce London 2012 Festival, c’est que le Royaume-Uni fourmille d’une scène culturelle créative et bouillonnante, et que cette vigueur trouve principalement son terreau dans des lieux subventionnés, aidés par l’État. À une époque où les coupes budgétaires dans la culture sont drastiques, et où David Cameron, Premier ministre de la Grande-Bretagne, parle de revenir sur la gratuité des musées nationaux mise en place par le gouvernement de Tony Blair, il était important de mettre sur le devant de la scène cette qualité des arts britanniques. À bon entendeur…

 

 

 

Photo à la une :
Anish Kapoor’s Arcelor Mittal Orbit, London Legacy Development Corporation, 2012

Photo annonce :
Les Commandos Percus. London 2012 Festival: On The Night Shift – © Daniel Saint-Léger. Editorial use only

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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