Théâtre

« La loi des Prodiges » ou le prodigieux François de Brauer au Petit Saint Martin

« La loi des Prodiges » ou le prodigieux François de Brauer au Petit Saint Martin

06 novembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Écrit et joué par François de Brauer, La loi des Prodiges (ou la Réforme Goutard), est un seul-en-scène poétique, burlesque et politique, à découvrir d’urgence.

Créé en 2014 pendant le Festival Off d’Avignon, la pièce a été retravaillée par son auteur et comédien François de Brauer, avec l’aide de Louis Arène, anciennement sociétaire de la Comédie-Française et de l’actrice Joséphine Serre. Considérée comme une petit pépite il y a quatre ans, elle est aujourd’hui un chef d’oeuvre à la fois époustouflant et hilarant.

Seul sur scène, le comédien nous raconte le destin d’un jeune étudiant en histoire devenu député, Rémi Goutard, traumatisé de l’art et des artistes, au point de vouloir mettre en place une réforme drastique annihilant toute forme de création artistique. En incarnant avec une aisance stupéfiante et remarquable, vingt personnages à lui tout seul, du clown-SDF, au plasticien mélomane et opportuniste, en passant par son amie illuminée, son père schizophrène, un animateur de TV-Show et bien d’autres personnages, François de Brauer reconstitue le destin de Rémi Goutard à travers les épisodes-clefs de sa vie intime et politique, tel un biopic théâtral révélant les origines et les conséquences de son « art-ophobie ». Plus qu’un récit chronologique fictionnel, le metteur en scène intègre entre chaque séquence de vie, des entretiens avec certaines figures de l’histoire, qui dressent le portrait du jeune politicien…Interviews récoltées par François de Brauer servant à faire sa pièce la Loi des Prodiges que le spectateur est en train de regarder… C’est un véritable jeu de mise en abîme qui donne l’impression d’un héros bien réel. Mais tout le talent de l’acteur vient de sa capacité à transporter le spectateur d’une situation à une autre, d’un lieu à un autre et d’un personnage à un autre sans jamais le perdre, grâce à son talent de caméléon théâtrale…et légèrement schizophrène. 

Une fiction burlesque au service d’un débat d’actualité

Derrière cette collection de personnages et situations caricaturaux et burlesques, se cache une véritable réflexion sur l’avenir de l’art, parfois mis à mal par des politiciens qui en parlent comme quelque chose d’inutile ou ne formant pas les jeunes à de « vrais emplois » dans notre société. La Loi des Prodiges part du postulat du politicien (les artistes sont inutiles et chers à « entretenir ») et le défend jusqu’à le rendre absurde. Car toute l’argumentation anti-art(istes) de la pièce est fondée sur un ensemble de clichés qu’elle met en scène, de la peinture déchirée d’un plasticien détestable, représentant un pot de yaourt et considérée comme un chef d’oeuvre, au SDF qui se définit comme clown professionnel parce qu’il a mis du maquillage. Ce que propose donc François de Brauer, au delà d’une comédie burlesque, est une véritable satire, un combat de l’art contre l’art, qui laisse les spectateurs repartir en pensant aux raisons qui les ont poussé à voir cette pièce ou toute autre création artistique…Et plus généralement à la place qu’occupent l’art et la culture dans leur vie.

Visuel : ©Victor Tonelli

 

Théâtre du Petit Saint-Martin
17 rue René Boulanger
75010 Paris
jusqu’au 9 décembre 2018
les dimanches à 18h00 et les Lundis à 20h00
Durée 1h00 environ

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

2 réflexions au sujet de « « La loi des Prodiges » ou le prodigieux François de Brauer au Petit Saint Martin »

Commentaire(s)

  • Marie de Brauer

    Bonjour,

    Merci pour l’article, juste pour information, le nom de famille s’écrit avec un R « François de BRauer »

    Merci

    avril 27, 2018 at 14 h 36 min
    • Aurore Garot

      La faute est corrigée ! Veuillez m’excuser pour cette coquille

      avril 28, 2018 at 13 h 28 min

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