Théâtre
« Les particules élémentaires » électrisent Paris

« Les particules élémentaires » électrisent Paris

15 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Julien Gosselin a été la révélation du Festival d’Avignon 2013 dont Stanislas Nordey était l’artiste associé, il avait repéré le jeune metteur en scène au Théâtre National de Bretagne où le comédien de Clôture de l’Amour était directeur. Gosselin a eu une idée visiblement folle puisque jamais exécutée : mettre en scène le roman star de Houellebecq, Les Particules Élémentaires. Encore perfectible dans le Vaucluse, le spectacle a trouvé à Lille son bon tempo et déboule enfin à Paris, à l’Odéon, dans le cadre du Festival d’Automne.

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3h50, rien que ça. Il faut s’y préparer, savoir rentrer dans le temps long sans peur. Disons le tout de suite : le temps ici, qui est le sujet du spectacle, passe à une allure folle, comme dans la vie. L’écume des jours se dépose avec crasse sur les âmes et les corps des protagonistes.

Éjectons aussi la question de l’adaptation du livre. Oui Gosselin est (très) fidèle à Houellebecq. Alors comment traduire ce roman ? A la première image, on pense à la mise en scène de Nouveau Roman de Christophe Honoré où les Duras et Sagan occupaient un plateau au sol en moquette. Des fauteuils parsemaient l’espace. Pour transposer un récit littéraire en théâtre, la proposition fonctionnait à merveille. Ici, la scène est entourée d’un podium en U sur lequel se nichent des comédiens et des instruments de musique. Deux bureaux et des ordinateurs ponctuent le tout. Sur le sol, en tout cas, pour la première partie, l’herbe est verte et fraîche.

On suit le double parcours de Bruno Clément (Alexandre Lecroc) et Michel Michel Djerzinski(Antoine Ferron). Les deux sont des obsessionnels. Le premier se fascine pour le cul, le second pour la biologie moléculaire. En fait, ils sont tous deux animés par la survie de l’Espèce et l’angoisse de la mort. Le roman est sorti en 1998 et dans son récit, Houellebecq part de 1956 pour nous emmener en 2076. Là encore, les Révolutions ont eu lieu. 68 a libéré le sexe puis la violence et la génétique a libéré les hommes de la contrainte médicale. Dans la course à l’immortalité, les frères que tout oppose croisent la vraie vie dans un nuage de fumée de nicotine.

Michel passe vingt-cinq ans à perdre de vue Annabelle (Victoria Quesnel) qui s’amourache de connards sexys (Joseph Drouet), Bruno se perd dans des lieux dédiés au cul, finit par aimer Christiane (Noémie Gantier). Eux ont eu une mère (Caroline Mounier), peu encline  à s’occuper de ses enfants et qui choisira de s’exiler un temps en Californie. Ils évoluent à un rythme fou où la vidéo s’invite dans des tonitruants coups de batterie électrique, on se tord de rire dans la première partie face à ces deux ados en devenir d’adulte (mention spéciale pour le cours de yoga de Caroline Mounier, délirant dans sa course au bien être). La comédienne écrase le plateau par son talent et sa voix sortie des 400 coups de Truffaut. De façon générale, la troupe est formidable mais des erreurs de direction d’acteurs sont à pointer. Sans la dévoiler disons juste que la fin est ratée, elle manque d’éclat et ne fait pas réellement rupture . Gosselin choisit par moment d’aligner ses comédiens et de lancer Thiphaine Raffier dans des monologues insipides. A part ce défaut, Les Particules est une merveille d’intelligence. Gosselin a 27 ans et il a bien appris sa leçon. On retrouve ici le meilleur de ce qu’il a pu apprendre : les nus d’un Fabre, le cri d’un Macaigne, le noir d’un Pommerat, la musique d’un Py… et pourtant, ni plagiat ni copie dans ces Particules, le spectacle est propre à lui-même, efficace, bien construit.

On sait être ici dans un récit à posteriori. Deux journalistes (Denis Eyriey et Marine de Missolz) nous racontent la vie de ce savant brillant, sans omettre aucun détail.

On sort de là en se disant qu’un futur grand est né, il  lui faudra encore digérer ses icônes pour entrer lui aussi dans l’âge adulte. Ça ne devrait pas tarder.

Photos : © Simon Gosselin

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