Théâtre
Léna Bréban ne connaît pas la crise.

Léna Bréban ne connaît pas la crise.

19 mars 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Dans Renversante, Léna Bréban donne l’assaut aux clichés misogynes. Elle invente un monde où règne la domination féminine. Le geste vertueux est de grande qualité.

Léna Bréban est une artiste discrète et généreuse ; discrète, elle impressionne par une maîtrise naturaliste de l’acting et par sa relation particulière aux textes avec lesquels elle se mesure sans les recouvrir mais en les restituant dans un étrange investissement riche d’immédiateté et d’auto annulation; discrète lorsqu’elle sait se retirer devant ses personnages ; généreuse aussi pour l’intelligente résiliation d’elle-même justement, offrant au public ce qui se fabrique en elle autour d’un amour du métier et d’un désir inextinguible à créer.

Chevaucher le tigre.

En ce moment de confinement et de fermeture des salles, en attendant sa future création qui sera présentée à la ComédieFrançaise à l’automne 2021, elle chevauche le tigre en imaginant une petite forme contributive à jouer dans les lycées et les collèges, une pièce-débat sans billetterie (l’ensemble du financement est public) autour de la question du genre et du féminisme.

Une pièce manifeste intelligente sur le féminisme.

La pièce n’est pas un aléa, elle appartient à la brillante création contemporaine dont Léna Bréban fait partie. La comédienne impressionnait déjà en 2016, dans un seule-en-scène, Garde-barrière et Garde-fou de Jean-Louis Benoît. L’année précédente, elle avait joué dans la pièce de Sharr White, “La Maison d’à côté”, , mise en scène par Philippe Adrien, pour laquelle elle a été nommée au Molière du second rôle, ainsi que dans Danser à la Lughnasa de Brian Friel, mis en scène par Didier Long. En 2013, on l’avait repérée dans le diptique de Molière (L’École des femmes et Agnès) monté par Catherine Anne. On la retrouve régulièrement au cinéma et à la télévision ; elle est aussi l’auteure et la metteure en scène de Verte, un spectacle très jeune public, où elle fabriquait un merveilleux univers entre conte et magie.

Avec Renversante, tiré du livre de Florence Hinckel, Léna Bréban détricote les clichés , nous invite dans un monde où règnerait la domination féminine. Là où les rues et les établissements scolaires portent des noms de femmes célèbres ; où de fausses publicités (belle création de Julien Dubois) réduisent les hommes à des objets, intervertissant ainsi l’équation du pouvoir et de la soumission ; là où les hommes s’occupent des enfants; où le féminin l’emporte sur le masculin, où le bleu est une couleur ridicule face au rose partout répandu.

Le texte est simple, il se refuse aux effets littéraires. Il en est d’autant plus fort de sa dérision et de son humour enrichis par le jeu des deux comédiens. Pleins feux, dans une grande salle de classe, face à des ados distribués sur des chaises distanciées d’un mètre cinquante, Léna Bréban et Antoine Prud’homme de la Boussinière  manient la déréalisation et l’adresse au public avec fermeté.

Une bombe cognitive.

L’inversion fonctionne! Le recto se noie dans le ridicule et extirpe en nous l’abomination du verso. Comment sortir du carcan où des bases bien trop ancrées décrivent ce que doit être une femme et ce que doit être un homme ? Explique Léna Bréban à l’issue du spectacle. Le débat, brillant, élaboré autant que la pièce, répertorie les travers de la société, repère les assignations sociales, met à nu les aliénations et les fausses croyances. Les ados adhèrent dans une participation joyeuse. Viendra ensuite un dossier pédagogique conséquent dont le livre de Florence Hinckel. N’en doutons pas: la pièce-débat imaginée par Léna Bréban fonctionne comme une bombe cognitive à retardement.

 

TOURNÉE DANS LES COLLÈGES DE SAÔNE-ET-LOIRE du 1er mars au 6 juillet 2021
La tournée sur la page de la pièce

Crédit Photo Espace des Arts.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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