Théâtre
L’effet de Serge – Philippe Quesne au festival Artdanthé

L’effet de Serge – Philippe Quesne au festival Artdanthé

12 février 2012 | PAR Smaranda Olcese

La soirée s’annonçait festive au théâtre de Vanves. Programmée dans le cadre du festival Artdanthé, L’effet de Serge, pièce désormais culte du metteur en scène Philippe Quesne atteignait sa 160ème représentation. Une raison de plus pour s’inviter chez Serge, manger de la pizza, boire du Blue Lagoon (spécialité de la maison) et danser jusqu’à pas d’heure sur le plateau du théâtre, transformé pour l’occasion en séjour pavillonnaire.

 

L’atmosphère enthousiasmante, favorisant le partage et les belles découvertes, que la petite et chaleureuse équipe Artdanthé fait régner au théâtre de Vanves, correspond en tous points à l’esprit du spectacle de Philippe Quesne. Dans l’Effet de Serge, il y va d’un chez soi transformé en lieu de création, d’expériences et d’émerveillement esthétiques que les invités découvrent avec étonnement lors de spectacles, d’une durée de 1 à 3 minutes, que leur hôte met en scène.

C’est un protocole désormais récurrent dans les productions du Vivarium Studio, la compagnie de Philippe Quesne, qui s’entoure, pour ses créations, d’acteurs, de plasticiens, de musiciens, et d’un chien parfois. Gaetan Vourc’h précise : en général on commence les spectacles par la fin du spectacle d’avant, l’année dernière je jouais dans D’après Nature, un spectacle qui se terminait comme ça, j’étais en cosmonaute.

C’est ainsi que Serge investit, en combinaison d’explorateur spatial, le décor terne et banal qui évoque une résidence pavillonnaire. Cette apparition incongrue propulse à des années lumières cet espace familier, opère un déplacement léger, mais essentiel, dans le réel, le rend perméable à la portée poétique de gestes simples et audacieux dans leur discrétion. Ce n’est pas la fiction qui intéresse le metteur en scène, mais ce quotidien qui pourrait être le nôtre. Avec son jeu de grand asthénique doux et timide, Serge pourrait être quelqu’un qu’on croise tous les jours, et qui poursuit son œuvre dans la plus grande discrétion. Au-delà de l’esprit profondément humaniste qui nourrit cette pièce, en faisant signe vers le penchant créatif, vers le besoin d’expression de soi sous des formes qui tendent vers l’art (qu’il soit brut ou naïf), Philippe Quesne mène une réflexion pertinente et sans illusions sur des états de faits qui commencent à devenir la norme dans le monde du spectacle vivant. Il propose un regard amusé mais néanmoins lucide sur une manière de plus en plus répandue d’envisager les politiques culturelles, qui ont tendance à privilégier l’argument économique sur les critères esthétiques, et qui font l’apologie des projets conçus à peu de frais. A l’époque du star system, où des sommes astronomiques sont brassées par le marché de l’art, où la démocratisation de l’acte créatif est promue par tous les moyens de communication, le metteur en scène interroge les mutations inquiétantes qui sont en train d’affecter le statut de l’artiste, censé réaliser « maison » des spectacles faits de bouts de ficelles pour un auditoire gagné d’avance. Si le désengagement de l’état du secteur culturel, qui est dans l’air du temps, est vraiment préoccupant, cela ne nous empêche pas de nous laisser plaisamment surprendre par les effets dilettantes et fantaisistes de Serge, qu’il s’agisse de l’effet roulant sur une musique de Haendel ou de l’effet laser sur une œuvre de John Cage, avec une préférence marquée pour l’effet lumineux sur la symphonie de Wagner.

 

photos © Argyroglo Callias Bey

 

 

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