Théâtre

Zakouski ou la vie joyeuse Théâtre de l’opprimé

Zakouski ou la vie joyeuse Théâtre de l’opprimé

12 février 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Scènes burlesques d’après des récits de Mikhaïl Zochtchenko – Mise en scène de Serge Poncelet – Adaptation d’Eric Prigent

Une série de tableaux burlesques nous dresse une peinture de la Russie grinçante et pas franchement optimiste.

Mikhaïl Zochtchenko est considéré comme l’un des maîtres de la littérature russe, il nous livre ici un portrait satirique de la société russe que nous découvrons par fragments.

Voici une œuvre intellectuelle puissante dans sa critique de l’aliénation crée par le modèle soviétique sur la population: la peur, la dénonciation dont sont victimes les russes, leur rapport à la religion, à la famille, tout est passé au crible de manière très noire un peu comme dans Les monstres de Dino Risi mais de manière beaucoup plus poignante encore. Du coup, la dimension burlesque ne correspond pas du tout à nos attentes: rien à voir avec du Ionesco qui est l’image immédiate que les français ont en tête lorsqu’on leur parle de théâtre burlesque. Le début de la pièce est difficile à suivre, c’est du théâtre dans le théâtre, nous souffrons d’une perte de repères quand à ce qui est de la représentation ou de la scène dans la scène. Pour une pièce annoncée comme étant accessible aux enfants à partir de dix ans, cela nous semble  optimiste car, si la plupart des scènes sont somme toute assez simples à saisir, la compréhension de l’ensemble, de la structure même reste par contre peu aisée. Difficile de comprendre le sens général de ce spectacle et ses enjeux: faire rire avec du désespoir? Refouler la tristesse de la vie en s’en moquant? Nous rassurer en nous disant que notre vie n’est pas si triste que cela si on la compare à celle d’un russe moyen au début du siècle? C’est là où le bât blesse car, pour le reste, nous avons un décor simple mais très beau qui nous transporte aussitôt en Russie de même que les costumes des personnages et plus particulièrement leurs splendides masques, vraiment remarquables, qui font un peu penser à la comedia del arte. Les musiques sont très belles, les airs pleins de nostalgie, il y a plutôt de quoi faire verser une larme que sourire. C’est le talent des quatre comédiens qui fait tout le sel de la représentation. Ils sont remarquables, changeant de costumes à tout bout de champ et incarnent des personnages si différents que nous hésitons parfois à les reconnaître. Un énorme bravo à Marie Duverger qui mériterait un prix d’interprétation pour l’ensemble de sa prestation. La rapidité de certaines scènes fait que nous rentrons plus facilement dans l’une que dans l’autre. La peinture générale de la société russe est affligeante, ce qui fait que la pièce prête quelque part autant à pleurer qu’à rire.

C’est peut-être ce qui déçoit dans ce spectacle, on s’y rend en s’attendant à rire aux éclats et, au final, on rit plutôt jaune mais avec une certaine admiration devant cette peinture pleine d’accents réalistes qui sait si bien railler les travers humains.

L’effet de Serge – Philippe Quesne au festival Artdanthé
Carlo de Catherine Valckx
Sandrine et Igor Weislinger

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