Théâtre

« Le Voyage de G. Mastorna » : dans la tête de Fellini à la Comédie Française

« Le Voyage de G. Mastorna » : dans la tête de Fellini à la Comédie Française

13 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’un vent de cinéphilie créative souffle sur le Théâtre Français (Fanny et Alexandre, reprise des Damnés), après Bergman et Visconti, c’est une autre gloire du cinéma d’après-guerre que la troupe de la comédie française revisite, à travers son oeuvre fantôme : Le Voyage de G. Mastorna. Marie Rémond transforme ce film dont on n’a que des traces en voie royale pour comprendre la création de Federico Fellini.

Rome, années 1960. Federico Fellini alias « Féfé » (Serge Bagdassarian) est au fait de la sa gloire après la Dolce Vita et Huit et demi. Il rempile avec son acteur fétiche, Marcello Mastroianni (Laurent Laffite) pour tourner une adaptation mythique de l’Enfer de Dante. Mais le plateau est trop jeune, trop rieur, son actrice féminine (Georgia Scalliet, d’une énergie communicative) ne comprend pas pourquoi il émiette son rôle en multiples hôtesses à gros seins, Marcello est gros et mange trop de pâtes, et même en faisant plancher tout le monde sur sa vision de la mort et même accompagné d’une assistante (Jennifer Decker), Féfé n’arrive pas à mettre en boîte son chef-d’oeuvre…

Partant de l’oeuvre-trou, du fantôme inachevé qui exerce une aura puissante et allant chercher sérieusement toutes les sources de ce qui n’est pas venu au monde, Marie Rémond (qui avait déjà redonné vie à des non-dits de Bob Dylan et de Barbara Loden) redonne une vie projetée et fragile à Mastorna de Fellini. Dans une magnifique scénographie (Alban Ho Van) traversante qui place le public de part et d’autre de « l’atelier » du cinéaste et avec des beaux voiles pour projeter des images délicieusement rétro, la pièce installe rapidement une atmosphère nostalgique. Et rebondit sur la truculence des personnages felliniens pour y ajouter une dose de boulevard chic, par un texte qui mélange les genres entre trivialité et métaphysique. Le résultat est ciselé, un peu suranné et nous plonge avec humour dans des fantômes du Rome des années 1960 et dans la tête d’un génie torturé. Passer derrière les coulisses du mythe, y trouver les doutes, l’humanité est touchant, avec une galerie de personnages qui sont parfaitement dans l’esprit de ceux du maître : beaux, existentiels et flamboyants.

Le spectacle dure deux heures, se joue au Vieux Colombier et à 19h00 les mardis.
visuels : Vincent Pontet

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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