Théâtre

« Les Damnés » d’Ivo Van Hove reprennent à la Comédie Française

« Les Damnés » d’Ivo Van Hove reprennent à la Comédie Française

21 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Très remarquée au Festival d’Avignon 2016 (lire notre article) et déjà donnée l’an dernier à la Comédie Française, puis passé par Londres et New-York, la version par Ivo Van Hove du film de Luchino Visconti (1969) sur la chute de la Maison Aschenbach dans les flammes du IIIe Reich, reprend dans la salle Richelieu jusqu’au 2 juin. Les Damnés est une ode esthétique au mal et à l’autodestruction qui continue de fonctionner.

Ivo van Hove est très présent à Paris : cet hiver on a pu voir La voix humaine au Théâtre de la Ville délocalisé à l’espace Pierre Cardin (lire notre article) et The Hidden Force est actuellement à l’affiche du Festival 100 % (lire notre interview). A la Comédie Française,  qui programme au même moment l’adaptation d’un autre film de la même époque, Fanny et Alexander, c’est avec la troupe française que le metteur néerlandais a travaillé. La plastique est toujours aussi maîtrisée, avec  une sonorisation et des effets de lumières qui cognent, des costumes sexys et sombres, un travail vidéo intense qui focalise sur des acteurs qui passent hors champs sur scène et une urne immense qu’on remplit des cendres de membres de cette famille en train de se détruire sur fond de Nuit des longs couteaux. Cette dernière, où  est un acmé de stylisation érotico-fasciste, avec une multiplication d’hommes nus, buveurs de bière et frotteurs de sol, tout à fait bluffante.

 

Central, le personnage de Sophie von Aschenbach (Elsa Lepoivre, sublime) obtient une dérogation pour que son fils, Martin (Christophe Montenez) hérite l’usine familiale, dédiée à l’armement du Reich, en déshéritant le fils légitime, Günther (Clément Hervieu-Léger) et au prix de l’assassinat de la famille du Vice Président de la société Herbert Thalman (Loïc Corbery). Elle finit par épouser, nue sous le goudron et les plumes son amant (Guillaume Galienne) qui s’est débarrassé du patriarche SA de transition, Konstantin (Denis Podalydès). 

C’est beau, c’est nu, c’est cru, ça se veut sensuel et, visuellement, Les Damnés sont une impressionnante ode à la mort. Les comédiens de français embrassent le glauque avec panache, même si Van Hove reste inlassablement meilleur quand il dirige sa troupe dans sa langue. Le public retient son souffle et voit un à un les personnages s’enfoncer avec un glamour gothique parfois relevé de sang, sans la mort. Bonne idée donc, de réveiller les monstres de la famille Aschenbach (ou Essenbeck dans le film), à une époque où l’on entend sonner à nouveau les sirènes des années 1930. Reste à savoir si ce que Susan Sontag appelait le « fascinant fascisme » laisse le public sortir de l’aura belle et attirante de ces monstres qu’elle sacre, pour avoir la place d’une réflexion éthique, politique et historique. 

Les Damnés, d’après Luchino Visconti, mise en scène: Ivo van Hove, Scénographie et lumières : Jan Versweyveld, 2h.

visuel : DR

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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