Théâtre

Le Technicien, la drôle dictature du petit personnel

23 septembre 2010 | PAR Pamina Le Guay

« Vivez Joyeux » ordonne la citation de Rabelais qui orne le fronton de la scène baroque du Palais royal. Le Technicien, mis en scène par Jean Luc Moreau, colle parfaitement à cette devise.


Il y a 25 ans, Séverine Chapuis s’est faite plaquer par Jean Pierre son mari, un homme d’affaires sans foi ni loi. Abandonnée et sans le sou, Séverine a vaillamment monté une maison d’édition littéraire.

« La mouche dans le lait»

Un beau matin, Jean Pierre réapparaît dans le bureau de Séverine. Ce n’est plus le businessman cynique mais un homme ruiné, venu lui demander de l’employer. Séverine, qui comme bon nombre d’entre nous, ne sait pas dire non, décide de lui redonner une chance.

A partir de là, le rapport de force s’inverse. L’éditrice se venge en nommant, cet ancien d’HEC, homme de ménage. Jean Pierre prend le poste de technicien de surface des éditions de la Plaine. Contraint, à grand peine, à moucher son orgueil, Monsieur Chapuis enfile une blouse de travail, manie seau, torchon et balai et subit toutes les humiliations de Séverine. Mais le gaillard, expert en chantage, ne manque pas de ressources.

Eric Assous autoproclamé « spécialiste des problèmes de couple » nous sert une pièce sur les déceptions amoureuses.

Cette trahison, l’héroïne ne s’en remet pas, elle reste sur un sentiment d’inachevée, presque de culpabilité, tant son égo a été malmené. Et même après 25 ans, elle garde des ressentiments : « à coté de toi, lui sera toujours saint François d’Assise. » Une situation de profond malaise, tournée en dérision, qui prouve l’extraordinaire capacité de l’âme humaine à renaître de ses cendres. Cette renaissance, pour Eric Assous, passe l’autodérision. Le Technicien est un message d’enthousiasme : la roue tourne.

Maïke Jansen incarne, une femme trahie mais, malgré tout, amoureuse, un sentiment  qu’elle n’assume pas. Elle tente depuis sa séparation forcée de s’en défaire or elle adopte un comportement paradoxal en gardant des attaches avec cet amour perdu, à commencer par conserver son nom d’épouse.

On comprend peu à peu qu’au delà la blessure narcissique, elle camoufle un amour fou. Soulagée par la réapparition de son mari, elle profite de sa position de force, pour se venger mais aussi (et surtout) pour tester la sincérité de ce retour.

Maike, qui est très belle femme, nous emballe par sa générosité dans son interprétation de  Séverine. L’éditrice règne en maîtresse femme sur son petit monde : un lecteur qui a de la sensibilité, Gaétan, le fin et cocasse Jean Franco ; une secrétaire qui a de l’ambition, Célia, la très discrète, Zoé Bruneau ; un directeur général des finances de la boîte et nouvel amant, le séducteur Patrice, interprété par le vieux beau Patrick Guillemin ; ajoutez un coursier sur patins à roulettes, Guillaume, Arthur Fenwick, un prof autiste et anticapitaliste qui a écrit une pépite, Liebovski, composé par Jean-Yves Roan et un autre auteur, Victoria voleuse de mari qui a écrit ses mémoires« Portrait d’un salop », joué par Elisa Servier. Le contenu de ce livre fait esclandre dans les bureaux, un décor simple et joli, de Charlie Mangel inspiré des maisons d’éditions cossues du 6e arrondissement,

Le scandale éclate mais la vengeance tourne court car Jean Pierre, incarné par Roland Giraud, va  faire vivre un enfer à tout les employés en instaurant la dictature du petit personnel. Cependant, Séverine conserve la main tout au long de la pièce.

La rémission  d’un salop ?  J-P, « l’hétéro dans toute sa splendeur » acceptera-t-il d’aimer et de l’être en retour.

Une comédie efficace et pleine de rebondissements, nous avons passé très bon moment.

Infos Pratiques: Le Technicien depuis le 10 septembre, au Théâtre du Palais Royal, 38, rue de Montpensier, Paris 1er, mardi – vendredi à  20h30, samedi 17h-21h, dimanche 15h30, réservations au 01.42.97.40.00, trf : 52 à 17€ .

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Pamina Le Guay

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