Théâtre

Le Sourire au pied de l’échelle : Auguste, le clown qui voulait être heureux

Le Sourire au pied de l’échelle : Auguste, le clown qui voulait être heureux

19 janvier 2019 | PAR Jean Emmanuel P.

« Le Sourire au pied de l’échelle » est l’un des textes préférés d’Henry Miller. L’auteur y brosse le portrait d’un clown à la recherche de lui-même. Interprété par Denis Lavant et mis en scène par Bénédicte Nécaille, ce texte n’avait encore jamais été adapté en France pour le théâtre. Pari réussi.

« Le Sourire au pied de l’échelle » est une oeuvre atypique, il s’agit à l’origine d’une commande de Fernand Léger pour illustrer ses peintures sur les clowns. A la suite d’un différend avec Léger, Henry Miller décide malgré tout de le faire publier en 1948 avec des illustrations de Picasso, Chagall, Rouault et Klee, puis dans une nouvelle édition en 1958 avec ses propres œuvres.

Dans ce qui est à l’origine une nouvelle, l’auteur fait le portrait d’un clown à la recherche de lui-même et surtout du sens de la vie. La pièce présentée actuellement au Théâtre de l’Oeuvre est un monologue où le comédien Denis Lavant interprète le clown Auguste. Tout le long du spectacle, Auguste est tout près d’une échelle près à attraper la lune. Il nous raconte ses aventures sur la piste mais aussi son itinérance entre deux cirques.

Son histoire, c’est celle d’un clown qui a du succès, mais qui reste insatisfait. Il semble aspirer à sortir du rôle dans lequel on semble l’avoir cantonné. Il quitte alors le cirque, prêt à renoncer à son métier, et surtout à la célébrité. Commence une errance pendant laquelle il s’essaie à comprendre qui il est vraiment.

Le crédo d’Henry Miller semblant qu’il vaut mieux se cramponner au bas de l’échelle que se griser d’élévation factice, il semble bien raconter – à travers le personnage d’Auguste – sa propre histoire à la recherche d’une toujours plus grande sincérité.

Un jour, croisant un cirque ambulant, Auguste se fait engager. Alors qu’Antoine, le clown attitré du cirque tombe malade, Auguste propose ses services pour le remplacer afin de « sauver » la représentation, sans toutefois dévoiler qui il est. Antoine meurt le lendemain et le patron du cirque – que Denis Lavant interprète également avec une grande virtuosité – lui fait remarquer que son succès a précipité Antoine dans la tombe.

A travers ce récit métaphorique, ce sont aussi les doutes de tout créateur que met en mots l’auteur de « Tropique du cancer », et que la mise en scène révèle de manière douce et onirique, grâce à une interprétation tout à fait habitée de Denis Lavant.

Auguste reprend ensuite son chemin, et accepte d’être qui il est vraiment, dans une sorte de joie mystique et de partage. Et de nous passer un dernier message : « Bon, il y a une chose que je comprends à présent, mon bonheur était réel, mais sans fondement. Il me faut le rattraper au collet, mais cette fois honnêtement. Et m’y cramponner des deux mains, comme à un bijou inestimable. Apprendre le bonheur en tant qu’Auguste, comme le clown que je suis. »

Pour parodier Camus évoquant Sisyphe, on pourrait conclure que « tout est bien », et qu’on peut désormais imaginer Auguste heureux. Une beau spectacle de ce début d’année 2019.

 

Distribution : Interprétation Denis LAVANT, Mise en scène Bénédicte Nécaille, Scénographie, lumière Ivan Morane, Son Dominique Bataille, Ombres Philippe Beau, Costume Géraldine Ingremeau, Production : REALITES / CIE IVAN MORANE et ID PRODUCTION

A l’affiche :

Théâtre de l’Œuvre : jusqu’au 17 février 2019 à 19h (du mercredi au dimanche)

Théâtre du Lucernaire : 27 mars 2019 – 14 avril 2019 à 19h (du mardi au dimanche) 

Photos : (c) Vincent PONTET

 

Retour sur le concert de Gala de l’Académie au Palais Garnier
Placido Domingo, un soir de règne supplémentaire chez Verdi
Jean Emmanuel P.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *