Théâtre
AVIGNON OFF : Le cabaret des absents de Francois Cervantes

AVIGNON OFF : Le cabaret des absents de Francois Cervantes

24 janvier 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Vu en répétition presse, le nouveau spectacle de Francois Cervantes débarque en Avignon ; l’artiste enfonce le clou de son amour du théâtre en une nouvelle création chorale. 

Dans les années soixante-dix, le Théâtre du Gymnase à Marseille est laissé à l’abandon. Il sera sauvé par Armand Hammer, un homme d’affaires américain issu d’une famille d’immigrants juifs russes amoureuse des arts. Cette histoire vraie servira de parabole à la fable de Francois Cervantes sur la place de l’art dans nos vies, sur la place que peut prendre un théâtre dans une ville et dans le monde. Le théâtre, sauvé de la destruction, est confié à un passionné d’art qui en prend la direction et qui y invente une aventure hors du commun. Le théâtre devient une maison et une salle de spectacle ; les soirées sont des mosaïques de moments inattendus où l’on navigue entre les rires et l’émerveillement. Le lieu est une sorte de cabaret, ouvert tous les jours.

Après une formation d’ingénieur, François Cervantes étudie le théâtre à l’Espace Acteur de Paris puis à Montréal avec Eugène Lion. Il écrit pour le théâtre depuis 1981. Il crée la compagnie L’entreprise en 1986, pour en assurer la direction artistique à la recherche d’un langage théâtral qui puisse raconter le monde d’aujourd’hui. Ses rencontres ont marqué profondément les pièces de sa compagnie et l’ont autant fait aller vers l’origine du théâtre (clown, masque). Depuis 1986, une trentaine de créations ont donné lieu à plus de deux mille représentations (France, Europe, Canada, Etats-Unis, Afrique, Inde, Bangladesh, Pakistan, Indonésie, Océan Indien), dans des villages comme dans de grandes scènes et festivals.

Pour son Cabaret des absents, François Cervantes ici encore par le truchement d’adresses au public cherche à créer un réel fictionné. Il fait renaître l’âge d’or du Gymnase en convoquant l’esprit cabaret et carnavalesque. Se succèdent le mécène, ses parents, l’ouvreuse du théâtre, mais aussi des habitants d’ici et d’ailleurs comme autant d’images d’Epinal de nos imaginaires hérités de l’empire français. En filigrane s’esquissent le portrait des grandes cités et du multiculturalisme de Marseille. Les  poncifs se succèdent au grès de performances de music-hall applaudies par un public fidèle à l’auteur et à sa propre jeunesse. Les personnages sont conventionnels, les hommes sont ridicules, le kabyle vigoureux et timide, les femmes acariâtres et idiotes, le magicien a un accent et les instruments de musique du Maghreb sont dits traditionnels. Ces poncifs aujourd’hui dépassés émaillent la pièce qui reste un hommage au music-hall et à  la nostalgie. Catherine Germain, fidèle elle aussi au biais mais avant tout à son splendide talent de comédienne, nous enchante dans deux scènes qui nous dédommagent du niveau général.

Texte et mise en scène François Cervantes, avec Théo Chédeville, Louise Chevillotte, Emmanuel Dariès, Catherine Germain, Sipan Mouradian, Sélim Zahrani. 

Crédit photo (c) Christophe Raynaud De Lage

 

AVIGNON OFF

22h30 (1h45)  au 11  

11, bd Raspail 84000 Avignon

 

 

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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