Théâtre

La tragédie est le meilleur morceau de la bête aux Célestins de Lyon

La tragédie est le meilleur morceau de la bête aux Célestins de Lyon

27 février 2015 | PAR Elodie Martinez

Du 25 février au 7 mars se tient dans la Célestine La tragédie est le meilleur morceau de la bête de et mis en scène par Denis Chabroullet, juste après Un fils de notre Temps. La pièce initialement créée au Théâtre Luxembourg de Meaux s’installe donc pour 10 représentations dans la petite salle du théâtre des Célestins et affiche déjà complet pour plusieurs dates. Miser ainsi sur le concept d’un théâtre sans parole (ou tout comme) est courageux, mais le jeu en vaut-il la chandelle ? 

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A peine pénétrons-nous dans la pièce que nous sommes accueillis par un décor époustouflant, surtout si l’on connaît la taille réduite de la scène et de la salle. Une brume s’élève : qu’il s’agisse les restes des essais pyrotechniques pour vérifier que tout fonctionne ou bien que cela soit intentionnel, l’effet est là et nous plongeons dans l’univers de la tranchée et de la guerre avant même d’être assis. Le mur de sacs de terre ou de sable avec lequel certains cadavres de soldat ne font plus qu’un se dresse devant le public, avalant et recrachant les personnages tout au long de la pièce. Ne devient-il pas lui-même un autre personnage de cette tragédie ?

La pièce commence sur une scène de ménage, l’homme s’exprime en allemand et la femme en alsacien, rajoutant au burlesque de la situation. Nous entendons d’ailleurs ici les seuls mots qui seront prononcés de toute la soirée avant que ne retentissent les premiers coups de feu. La mise en scène appuie sur le grotesque de la guerre en nous présentant des pétards et des poupées comme de véritables armes (ces dernières servant de véritables grenades) : la guerre est un jeu macabre.

Les soldats de différentes nationalités (italien, allemand, sénégalais, écossais et français) sont tous réunis dans cette tranchée face à un ennemi indéfini et sombrent de plus en plus dans la folie au fur-et-à mesure que le temps passe. Il faut saluer ici le jeu ou plutôt les jeux des acteurs qui, malgré l’absence de parole, parviennent à donner corps et dimension aux personnages qu’ils incarnent. Dommage que toute l’étonnante pyrotechnie et leur art (non content de jouer, ils chantent deviennent musiciens) ne soient finalement ici au service d’aucune histoire.

Effectivement, l’Histoire est bien présente, mais sans réel fil conducteur : des soldats de cinq pays différents, une femme alsacienne, une tranchée. Entre eux, de l’attirance (pensez-vous : une femme pour 5 hommes en pleine guerre), chacun son caractère, des scénettes éparses (une partie de ping-pong, la survie face au gaz envahissant la tranchée…), mais aucune véritable histoire pour lier tout cela. Parfois, plusieurs scénettes se déroulent en même temps, mais deux marquent les esprits : d’abord celle du tango avec les cadavres, un petit peu trop longue qui, à cause de cela, ne parvient pas à faire naître de réaction de la part du public mais qui reste une idée macabrement poétique. Ensuite, la scène du baptême au sang alors que s’écroulent les cadavres derrière lesquels se cachent les soldats.

Malgré ce manque d’histoire dans cette Histoire, le travail d’orfèvrerie pyrotechnique, l’atmosphère et la qualité de l’interprétation sont autant de bonnes raisons de découvrir ce théâtre surprenant et atypique.

Avec : Benjamin Clée, Laurent Marconnet, Erwan Picquet, Sylvestre Verguez, Julien Verrié et Clémence Schreiber

© Cécile Maquet

Infos pratiques

Le Festin-Centre Dramatique national de Montluçon
La Comédie de Clermont Ferrand
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