Théâtre

La petite, Anna Nozière joue dans la cour des grands

La petite, Anna Nozière joue dans la cour des grands

28 septembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Théâtre de la Colline, tout en haut dans le petit théâtre se donne La petite qui n’est pas pour autant un petit spectacle. Anna Nozière, déjà repérée au feu Festival Impatience en 2011 pour Les Fidèles revient avec une drôle d’histoire d’héritage glaciale.

Cela commence par la fin, par une fin. Par des saluts en tout cas, à la façon dont Yves-Noël Genod les utilisent : comme un geste spectaculaire. L’action sera théâtrale en tout point. Il y a des entrées et des sorties et une action qui se répète. La voici. Jennifer est « la petite », celle dont la naissance est tragique. Sa mère comédienne est morte en couches, après une représentation. La survivante ne s’en remet pas, habitée par le fantôme de son crime. Pour réparer, elle joue, et à son tour elle est enceinte. Voilà que le fœtus est bloqué dans sa croissance, en bonne santé mais refusant de sortir. La pièce devient un succès, le public se presse pour voir le phénomène de foire.

Anna Nozière cherche à imiter, et elle le fait bien. De Pina Bausch, elle prend les danses avec la mort de 1980, pour tout le reste, c’est Joel Pommerat by the book. Au début de la pièce, nous sommes dans du plagiat. La voix off, superbe de Catherine Hiegel, le kitsch glauque d’un animateur, et surtout, la lumière glaciale en clair-obscur. Ensuite, elle choisit de grandir et s’émancipe. Plus le vrai spectacle avance plus elle impose son propre style, singeant les débats qui interviennent comme un gimmick dans beaucoup de pièces en ce moment. On pense notamment à Nouveau Roman où au cœur de la nuit, la lumière se rallumait et Ludivine Sagnier en Nathalie Saraute passait le micro. Ici, ils s’amusent des codes, ne nous donnant pas accès aux questions, seuls leurs visages trahissent et nous informent.

Il faut dire qu’ils sont bons ces comédiens. Ils imposent le trouble en nous promenant du rêve à la scène, de la scène à l’hôpital, de la scène à la vie. On ne sait jamais, cela peut fortement énerver, ennuyer, ou au contraire, et cela est notre avis, séduire. Anna Rozière convoque les morts et les vivants ensembles, ce n’est pas nouveau, mais c’est bien fait.  Son décor ingénieux fait d’un grand panneau laissant découvrir bientôt une morgue-pour-de-faux, un vrai lit et quelques chaises est totalement empoigné par la troupe, la virtuelle et la réelle.

La question du théâtre dans le théâtre, véritable tendance 2012, on pense à La Mouette mis en scène par Arthur Nauziciel  et à Six Personnages en quête d’auteur se jouant actuellement  dans la grande salle de la Colline, est ici au cœur du sujet puisque la petite vit dans le théâtre, elle ne peut pas quitter sa fiction, puisque dans sa fiction, ses parents sont vivants.  Plus loin, on saisit l’insoluble bizarrerie qui consiste à se donner à voir sur un plateau, à se mettre nu.

La petite ne glisse jamais dans l’hystérie, restant calme face à la folie pure, on aime ou on déteste ce spectacle qui vient remuer des questionnements existentiels et éternels.

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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