Théâtre
Là où je croyais être il n’y avait personne : Anaïs Muller, Bertrand Poncet et Marguerite Duras au travail

Là où je croyais être il n’y avait personne : Anaïs Muller, Bertrand Poncet et Marguerite Duras au travail

23 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les lauréats du dernier prix Impatience passent du OFF au IN avec leur spectacle mi foutraque, mi sérieux et 100% référencé. Un bonbon !

Le décor est totalement ancré dans les codes du théâtre contemporain. Il y a un écran, un mouton, un coin salon, un autre bureau et encadrant la scène, un arbre et un rideau blanc. Il et elle entrent en scène comme si il et elle allaient faire du théâtre de rue. Il et elle ont des costumes en carton portés au dix-huitième degré. Quelle est la raison de leur présence ? Il et elle n’en savent rien. Il et elle veulent faire un spectacle. Oui mais lequel? Quel texte ? Lui rêve de Musil mais ça ne fait pas rêver grand monde !

« Du reste, Duras a un pessimisme gai »

Très vite nous comprenons que le premier rôle de ce duo est un fantôme et qu’elle s’appelle Marguerite Duras. Le mythe Duras, le génie de l’écriture, le modèle à atteindre. Le jeu est parfait. Le duo ne cesse de faire des allers et retours entre la pièce et l’histoire dans la pièce. Il abat sans cesse le quatrième mur, osant même une participation du public qui tombe parfaitement bien.

Ce spectacle se moque plus ou moins gentiment de la communauté théâtrale. Il est évident que cette pièce manipule tous les codes à la fois du spectacle vivant et du cinéma. Anaïs Muller parle comme Duras, et Bertrand se prend pour Sartre, snob à souhait.

« Arrêtons, ça ne marche pas »

Au-delà de la blague, la pièce interroge l’acte de création. Cela résonne totalement avec le One Song de Miet Warlop qui imaginait comme allégorie du théâtre une épreuve de gym très en sueur. Ici la nostalgie se glisse partout, sur la moquette rose comme dans les costumes : smoking pour lui et robe blanche chic et fluide pour elle. Eux deux semblent rêver à un certain monde d’avant, celui de la nouvelle vague et du nouveau roman.

« On s’adresse pour tous les fantômes »

Anaïs Muller et Bertrand Poncet s’interrogent, sous les couches de blagues, sur ce qui les anime. Il y a cette phrase, peut-être la plus belle de Là où je croyais être il n’y avait personne : « On s’adresse pour tous les fantômes ». Surtout à Avignon, où l’image de Gérard Philipe est à chaque coin de rue (une exposition Gérard Philipe et Maria Casarès se tient à la Maison Jean Vilar). Cette jeune compagnie s’est donc posé la seule question valable : comment créer quelque chose de novateur ?

La réponse se niche entre une grande comédie et un film d’art et d’essai. C’est délicieux !

Visuel : Là où je croyais être il n’y avait personne, Anaïs Muller et Bertrand Poncet, 2022 © Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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