Théâtre

« La Jeune Fille et la Mort » : quand la victime devient bourreau

« La Jeune Fille et la Mort » : quand la victime devient bourreau

19 décembre 2013 | PAR Sonia Hamdi

C’est au sein du petit Théâtre Pixel, dans le 18e arrondissement de Paris, que se joue une pièce dramatique et interrogatrice. La Jeune fille et la Mort est inspirée du roman d’Ariel Dorfman. Cet écrivain chilien a fait partie du gouvernement de Salvador Allende, entre 1970 et 1973. Forcé de quitter le Chili après le coup d’état militaire de Pinochet, c’est la réalité de cette dictature qu’il décrit dans La Jeune fille et la Mort, pièce également adaptée au cinéma par Polanski. 

Paulina Solas, une ex-militante emprisonnée et torturée durant l’ancien régime, vit avec son époux Gerardo Escobar, un brillant avocat. Le soir où il est nommé à la commission qui enquêtera sur les horreurs de la dictature, celui-ci tombe en panne de voiture. C’est le docteur Miranda qui lui portera secours. Lorsque ce dernier débarque en pleine nuit chez Gerardo pour lui rendre sa roue de secours, oubliée dans son coffre, Paulina croit reconnaître en lui, dans sa voix, son odeur, ses expressions, ses goûts musicaux, son ancien tortionnaire.

Décidée à se venger, Paulina, que l’on voyait faible et apeurée au début de la pièce, se drape d’une folie vengeresse, s’anime d’un feu que rien ne semble apaiser. Son mari, dans l’espoir de la dissuader de commettre l’irréparable, se laisse convaincre de jouer l’avocat de la défense et de recueillir les aveux du malheureux Miranda, dont on ne sait s’il est coupable ou victime de la folie de Paulina. Et très vite, le procès bascule…

La scène est petite, épurée, et la proximité avec les comédiens n’en est que plus grande : le spectateur est l’invité d’un huit-clos intimiste, au sein du salon de l’appartement de Paulina et Gerardo. Au plus près d’un jeu d’acteurs prenant, la question est posée : la justice tient-elle une part de vengeance? Pardonner, est-ce oublier ? En effet, dans La Pitié Dangereuse, Stefan Sweig écrivait : « Tant que subsiste la mémoire des faits, il ne peut y avoir de pardon. » Une citation qui ponctue la pièce. Parce qu’elle pose des questions universelles, actuelles même si inspirées de faits passés, parce que le jeu des acteurs est vraiment bien maîtrisé, La jeune fille et la Mort est une pièce qui mérite d’être vue.

Mise en scène par Massimiliano Verardi, La pièce est  interprétée par les comédiens de la compagnie « La Nuova Barraca » créée pour l’occasion : Audrey Lange envoûtante en Paulina Solas, dont on ne sait si la folie vengeresse est légitime. Le talentueux Philippe Delaunay en Gerardo Escobar, pris au piège entre ses principes et l’amour inconditionnel qu’il porte à sa femme, relance sans cesse le doute sur la culpabilité du docteur Miranda, joué par le tonitruant Phillipe Pierrard.

Les prochaines représentations auront lieu :

– Les dimanches 22 et 29 Décembre à 17h00.
– Tous les vendredis du 10 Janvier au 28 Mars 2014 à 19h30.

Visuel : © Serge Feuillard

[Chronique DVD] Lone Ranger, Naissance d’un héros
Le plus malin de Mario Ramos
Sonia Hamdi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *