Théâtre
La double inconstance par Galin Stoev, Marivaux chez les Soviets

La double inconstance par Galin Stoev, Marivaux chez les Soviets

13 décembre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Galin Stoev invente une audacieuse scénographie à La Double Inconstance de Marivaux. La pièce classiquement trop longue en acquiert un rythme nouveau qui honore le texte et soulage le spectateur.  Longtemps reporté à cause de la crise santitaire, le pièce s’installe à Paris au Théâtre de la Porte Saint Martin.

 

Rappelons l’intrigue : La jeune paysanne Silvia a été enlevée; elle est retenue prisonnière en son palais par le prince qui l’aime. Parce qu’elle est éprise d’Arlequin, un jeune bellâtre du village, Flaminia, conseillère du prince, puis Trivelin besognent à rompre cette idylle.  Trivelin échoue tandis que Flaminia réussit à gagner la confiance de Silvia qui lui avoue que, malgré son amour pour Arlequin, elle ressent une attirance pour un officier du palais qui lui a rendu visite plusieurs fois. L’officier n’est autre que le prince agissant incognito. Parallèlement, à la faveur d’autres manipulations et d’autres espionnages malicieux, Arlequin tombera amoureux de Flaminia. Le prince dévoilera sa véritable identité et tout se terminera  par deux mariages d’amour

Dés le lever de rideau, l’émerveillement traverse le public. L’adaptation est osée. La mise en scène épouse l’espièglerie du texte. Le décor empile le bucolique, le rétro et le techno. La pièce laboure les questions de la sincérité des sentiments, de la force de la persuasion et de la versatilité des amours surtout lorsqu’elles s’enflamment.  Galin Stoev  dissèque  le substrat de toute romance qui rend les rencontres amoureuses  singulières, intimes et en même temps chose publique.  Autour d’un couple, chacun de façon presque compulsive espionne, envie et confond. Sur le plateau, l’intrigue se joue entre une cage de verre centrale entourées de travées. La manipulation aura lieu entre les baies vitrées. Un dispositif technique de caméras de surveillance et de système d’écoute rappelant le KGB finit de mettre en place l’expérience dans ce bocal central. Les costumes intemporels appuient un peu plus et le beau et l’étrange.

Le texte magnifie cette mise en scène ingénieuse autant qu’il s’en alimente. Les comédiens excellents à l’énergie certaine semblent à l’aise dans cet écrin. Le jeu vivace, les corps précipités et la joyeuse bouffonnerie  donne à ce Marivaux un gout de théâtre contemporain. Les deux heures passent rapidement entre rires et sourires complices.

 

 

La Double inconstance de Marivaux
Mise en scène de Galin Stoev

(vu en décembre 2019 au Théâtre du Capitole de Toulouse)

Dates : du 4 au 19 décembre 2021

Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris)

Durée 2h00 

 

crédit photos © Marie Liebig

Agenda de la semaine du 13 décembre
« S’adapter », de Clara Dupont–Monod : Le handicap dans l’œil des enfants
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration