Théâtre

L’avenir seulement, ou les fragments révolutionnaires de Mathieu Bertholet au T2G,

L’avenir seulement, ou les fragments révolutionnaires de Mathieu Bertholet au T2G,

19 janvier 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Un spectacle sur Rosa Luxemburg…Encore ? Oui. Et c’est pertinent ? Oui. C’est bien ? Carrément ! Mathieu Bertholet ne cherche pas à raconter scientifiquement l’histoire de Rosa Luxemburg. Comme l’avait fait, en chansons,  Martial Di Fonzo Bo avec Rosa la Rouge, il signe avec  « L’avenir seulement »,  un portrait par touche de la militante sonnant comme un appel à l’engagement. Ce spectacle à la scénographie grandiose est à l’affiche seulement jusqu’au 29 janvier.

L’histoire de ce spectacle est double, il y a tout d’abord, celle de Rosa. La jeune femme, marxiste dés les premières heures a fondé le mouvement spartakiste voulant réaliser la Révolution par le peuple. Elle a passé 834 jours en prison. Elle meurt assassinée à Berlin le 15 janvier 1919, repêchée 5 mois plus tard dans le Landwehrkanal. Il y a ensuite l’histoire de la construction de ce spectacle. L’Avenir seulement est né d’un exercice de danse, le Sujet à Vif, présenté à Avignon l’été dernier. De ce moment chorégraphié , le metteur en scène a gardé les mouvements. Pour ce qui est du texte, il a écrit 488 fragments. Des mots de Rosa, des personnes de son entourage, des soldats qui l’interrogent, des membres du parti. Chaque soir, les comédiens choisissent quel texte sera dit en énonçant le lieu, le numéro du texte et la figure. Plus que jamais, chaque représentation est unique.

La scénographie est déjà une révolution. Le spectacle commence avec une structure classique. Deux comédiens se parlent, Rosa et un soldat. Très vite, le rideau derrière eux se lève et on découvre l’exacte symétrie du plateau en face de nous. Des gradins, des comédiens, un autre public. Sur le coté, une multitude de tables, Mathieu Bertholet est assis à l’une d’elles et dirige ses comédiens qui effectuent un ballet marxiste, celui de l’histoire en boucle.

Le plateau immense résonne comme Unter den Linden, les Champs Elysées Berlinois. Mathieu Bertholet a habité Berlin et L.A, où il avait crée le spectacle Case Study Houses. Le rapport à l’espace et à la grande ville est évident ici. Il est renforcé par les déambulations traversantes de la troupe. Les comédiens effectuent toujours les mêmes mouvements de danse, offrent un texte d’un gradin à l’autre en passant par une allée centrale surplombée de spots donnant un effet podium à la scène. Les comédiennes sont, au commencement, habillées en Rosa, grande jupe, chemisier blanc et cheveux attachés. Les genres se mélangent, les femmes se changent, les hommes chaussent des escarpins, jouent rosa alors que les femmes jouent les soldats.

L’Avenir Seulement est autre chose que du théâtre, c’est un ballet parlé révolutionnaire. La folie de faire de chaque représentation un lieu unique rajoute à l’éblouissement. L’utilisation de la lumière, façon défilé, entrecoupée de coups de projecteurs tranchant l’espace provoque une augmentation du sentiment de va –et-vient entre les deux publics. Le texte devient alors fragments et l’ensemble permet de se construire une Rosa Luxemburg très personnelle, et bien sûr, de s’en rapprocher.

Il ne faut pas chercher avec ce spectacle à comprendre historiquement les événements, le propos n’est pas là. Par la multitude des comédiens, leurs déplacements et leurs paroles, l’ambiance qui ressort de la pièce est celle d’un moment de lutte sociale et militante. Ce sentiment vient du tourbillon des déplacements sur le plateau et du texte jeté comme une idée vive. De l’ensemble ressort un sentiment d’urgence.

L’Avenir Seulement offre une nouvelle forme d’écriture théâtrale. Une révolution à ne pas rater.

(c) Marc Domage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

3 thoughts on “L’avenir seulement, ou les fragments révolutionnaires de Mathieu Bertholet au T2G,”

Commentaire(s)

  • Aline

    Merci du conseil, c’était beau, surprenant, un ovni théâtrale. Rosa, rosae, rosam, rosas, rosarum etc.

    janvier 26, 2011 at 20 h 53 min

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