Théâtre

[Francophonies] « Sœurs » de Wajdi Mouawad : burlesque mais trop long

[Francophonies] « Sœurs » de Wajdi Mouawad : burlesque mais trop long

03 octobre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Les écritures québécoises trouvent toute leur place aux Francophonies en Limousin. Un nouveau spectacle de Wajdi Mouawad est toujours un événement. Cette fois, c’est la seule Annick Bergeron qui relève le défi, et interprète tous les personnages et les voix de l’histoire. Au programme : un récit alliant burlesque et mélancolie, réussi, mais trop long…

[rating=4]

SOEURS~4Geneviève est médiatrice politique, et s’apprête à partir pour le Mali. Sa chambre d’hôtel à Ottawa va être le théâtre d’une nuit curieuse, au cours de laquelle notre héroïne va se remettre en question, profondément… Dans Sœurs, il y a beaucoup d’humour. Ainsi, cette chambre où dort Geneviève est totalement automatisée : elle impose de dialoguer avec les objets. Qui l’agressent : son frigo qui lui souhaite, en son nom propre, un agréable séjour… ou la « voix d’Arnold », qui, pour son réveil, lui fait un long discours… Il y a aussi des éléments énigmatiques, chers au dramaturge. Qui forment au final un tout cohérent. Et des passages de confession intime, bien écrits. Tout ce qui fait un bon Mouawad, en somme.

Sauf que les énigmes sont résolues au fil de trop abondants dialogues, et qu’à la fin, l’auteur, qui parle de lui et de son exil, veut tout dire. Afin que le rythme soit parfait, il eût fallu couper. C’est que sur le plateau, Annick Bergeron est seule. Elle parle au téléphone, monologue lorsqu’elle joue une employée constatant un sinistre… Mais le cadre réaliste empêche un peu que sa parole devienne lyrique. Elle reste triste et mélancolique. Et tombe, parfois, dans la lourdeur, malgré le rire qui aère…

Cependant, notre comédienne, qui passe du québécois au français sans accent, et joue tous les rôles (de l’hôtelière snob au flic obèse) nous entraîne à sa suite. La Nawal d’Incendies , c’était elle, ne l’oublions pas. Tantôt explosive, tantôt ralentie et comme empêchée par sa vie pesante, elle nous fait croire à l’histoire. Qui utilise à fond son décor, pourtant improbable. Le transformant de manière subtile, et un peu fantastique… Et qui réfléchit, comme toujours, sur les origines, en l’occurrence sur la langue, enlevée à la population française du Manitoba : la lutte de Geneviève contre les objets domestiques, qui n’ont pas tous une fonction langue française, devient symbolique… Soeurs aurait gagné à être un tout petit peu resserré, mais tel quel, on ne peut que constater ses qualités.

Dans la foulée du Festival des Francophonies en Limousin, vous pourrez voir Sœurs le 9 octobre, à 20h30, à Aubusson (Théâtre Jean Lurçat).

Les dates du spectacle après les Francophonies : du 15 au 17 octobre à Blois (La Halle aux Grains) ; les 3 et 4 décembre à Brest (Le Quartz). Et en 2015 : le 5 mars à Thonon-les-Bains (Maison des arts de Thonon-Evian) ; les 10 et 11 mars au Mans (L’Espal) ; les 20 et 21 mars à Perpignan (L’Archipel) ; du 9 au 18 avril à Paris (Théâtre National de Chaillot) ; du 28 au 30 avril à Toulouse (TNT).

Sœurs, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad. Avec Annick Bergeron.

Visuel : © Pascal Gely

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