Théâtre
[Francophonies] « La Jeune-Fille et la Mort » : miettes de philosophie peu exaltantes

[Francophonies] « La Jeune-Fille et la Mort » : miettes de philosophie peu exaltantes

03 octobre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Pièce de réflexion, pièce très avant-gardiste, venue du Québec, La Jeune-Fille et la Mort propose des esquisses de théories, sensées épuiser un thème : la « jeune fille », en général. Pour que la réflexion soit accessible, les metteurs en scène ont pris le parti d’un humour décalé. Et surtout, d’une esthétique fragmentée. Mauvais choix : rapidement, l’expérience devient absconse.

[rating=2]

Jeune-fille(c)E-Baillargeon3917Au tout début, les têtes pensantes du projet, Simon Drouin et Laurence Brunelle-Côté, nous préviennent : ce spectacle n’est pas la démonstration d’une théorie. Il ne véhicule aucun message. Il est constitué de pistes. Qui doivent mener à un savoir théorique. Mais n’y aboutiront pas forcément… Leur sujet d’étude : la « jeune fille ». Chaque spectateur a reçu un cahier aux pages numérotées, rempli de collages d’images et de textes. Les deux interprètes ne vont cesser de nous demander de nous référer à cet ouvrage, de le lire. En fait, nous sommes à l’école. Allez, pensons ce qu’est une « jeune fille ».

Les titres des grandes parties : « La jeune fille comme phénomène », « La jeune fille comme machine de guerre »… L’idée des références est bonne. La plupart des phrases du livre apparaissent comme des aphorismes. On peut les trouver trop généraux : ils s’appliquent aux jeunes filles aussi bien qu’à d’autres… Mais de temps en temps, une idée retient l’attention. « Une marchandise ne peut aller au marché se vendre seule », disait Karl Marx. Une jeune fille, si. C’est biscornu, mais lorsque les références sont là, on a envie de se questionner.

Jeune-fille(c)E-Baillargeon874Le livre se suffit à lui-même. Mais sur la scène, que font les deux interprètes ? Ils disent le texte. Les fragments d’idées qui composent leur ouvrage. Et sans arrêt, ils s’écrient : « Essayons voir ». Le problème, c’est qu’ils n’essayent pas leur idée. Ils se contentent de l’illustrer. C’est du moins l’impression qu’on a. De la mimer, avec quelques gestes, avant de passer à totalement autre chose. Leur parti-pris de jeu ne permet pas de réfléchir : d’une part, tout va trop vite ; d’autre part, les actes décalés (marcher sur des chips, se mettre la tête sous l’eau et boire…) semblent dénués de sens. Ils n’aboutissent pas à de vraies scènes.

Sur le plateau, un grand bazar s’entasse : un vieux prof joue les hommes submergés, et refait trois fois la même blague ; un chercheur en théâtre contemporain (Robert Faguy) incarne un « spectre » de « jeune fille », à différents âges, de façon un peu attendue (le heavy metal pour « La jeune fille et l’autoritarisme », c’est sommaire…) ; des objets biscornus passent, mais ne servent pas ; un quatuor à cordes joue… Et tout cela fonctionne individuellement. L’esthétique fait penser à du surréalisme, plutôt dépassé et absconsLa scène ne sert pas à éclairer le livre, et c’est très dommage. Pas de plaisir esthétique, pas de choc sensoriel, bien peu d’excitation intellectuelle… La leçon libre aurait gagné à être un minimum cadrée… Pour suivre une trajectoire, il faut la regarder tout du long…

Au festival des Francophonies en Limousin, vous pouvez voir La Jeune-Fille et la Mort ce soir, à 20h30, à l’Espace du Crouzy (situé en périphérie de Limoges, à Boisseuil).

Les dates du spectacle après les Francophonies : les 14, 15 et 16 octobre à Nantes (Saison québécoise en Pays-de-la-Loire).

La Jeune-Fille et la Mort, esquisses théoriques et mise en scène de Laurence Brunelle-Côté et Simon Drouin. Interprétation : Laurence Brunelle-Côté, Simon Drouin, et Robert Faguy, Bernard Langevin, Jonasz Slovanski. Musique en direct : Simon Elmaleh, Julie Delorme et le Quatuor Sépia. Installation scénique : Stéphanie Béliveau. Lumières : Philippe Lessard-Drolet.

Visuels : Robert Faguy au micro, et derrière, Simon Drouin © Emilie Baillargeon

Simon Drouin et, sous la bulle, Laurence Brunelle-Côté © Emilie Baillargeon

Infos pratiques

Festival en Othe
Urbaka
les_francophonies_en_limousin

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture