Théâtre
Franck Vigroux électrise son public avec une odyssée écologique musicale et dansante. 

Franck Vigroux électrise son public avec une odyssée écologique musicale et dansante. 

28 avril 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Franck Vigroux nous a conviés à l’avant-première de sa nouvelle création Forêt,  pour une représentation réservée à la presse au Manège de Reims : une belle surprise.
 

Guitariste de formation, Franck Vigroux évolue dans un univers où se croisent musiques, sons industriels, théâtre, danse et vidéo. Nous lui avions, dès 2015, consacré une interview lors de la première édition du festival Horizon Parallèle qui consacrait cet artiste protéiforme, alternativement guitariste, platiniste, électroacousticien, performer électronique, improvisateur et compositeur.   

Une gerbe de talents et de disciplines pour une oeuvre intégrale.

Notons son compagnonnage avec l’universitaire et dramaturge Michel Simonot; les deux amoureux de théâtre inventent en 2010 le festival Bruits Blancs à Arcueil, dans le centre culturel Anis Gras, un événement dédié aux rencontres entre musiciens, plasticiens, auteurs de théâtre ou de poésie. Le métissage des talents et des métiers , une fois de plus. 

Forêt est l’une des étapes dans ce travail de croisement et de bouturage des disciplines entre elles. C’est un spectacle polymorphe, un opéra électronique, un théâtre visuel, et un objet chorégraphique et performatif. Une création vidéo ponctuée par des tableaux dansants est l’élément principal. Ou peut-être est-ce, au contraire, une danse par épisodes qui en serait le centre  illustré par des tableaux de vidéastes ?

Le butô réinventé.

S’agissant de la danse, elle évoque le butô, une forme chorégraphique née au Japon dans les années 1960. Cette danse du corps obscur  s’inscrivait en rupture avec les arts traditionnels car ceux-ci étaient  réputés impuissants à exprimer les problématiques nouvelles. Le butô est apparu pour évacuer la souffrance provoquée par les événements tragiques d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945 mais aussi, et surtout, pour remédier aux souffrances psychiques à la suite des remous sociopolitiques qui secouèrent le Japon à cette époque. Le butô se refuse au spectaculaire car il est une  introspection, et une disponibilité au monde. Couramment dansé avec le corps presque nu, peint en blanc et le crâne rasé, il  est interprété avec des mouvements extrêmement lents, saisis  d’un tremblement venant du si profond de l’intérieur du corps et de l’âme  et d’un spasme si absorbé, qu’ils en sont quasi invisibles. 

Nous pensons au butô devant Forêt. Azusa Takeuchi signe la chorégraphie du spectacle. Guidée par le souffle, l’organisation des appuis est extrêmement précise, la conscience de l’espace ténue. La danse se fait lente, épaisse, dans un temps continu. Une forme de butô réinventée pour une problématique nouvelle. 

Une expérience hypnotique.

Pour nous spectateurs, l’expérience est épatante. Le temps se ralentit jusqu’à se figer pour fixer nos attentions, et ouvrir nos clairvoyances. Les mouvements contre-nature de la danseuse envoûteAzusa Takeuchi est formidable. Née en 1985 au Japon, elle s’installe en France  en 2008. Entre 2010 et 2012, elle suit la formation du CDC-Toulouse. Depuis 2012, elle travaille pour les pièces de Franck Vigroux et de Myriam Gourfink. 

La force du spectacle réside en premier lieu dans la performance inoubliable de la jeune danseuse japonaise. Le plaisir vient ensuite de la construction d’un ailleurs qui s’exonère de la nécessité du récit et qui se désaliène du temps qui passe. Au cœur de cet ailleurs hors temps, Forêt ne répond à aucune question, ne veut pousser aucune réponse. Il nous invite à une expérience édifiante, forte, sensorielle et poétique, à une odyssée au sein d ‘un ailleurs qui fait écho et retour à nos questions brûlantes sur l’écologie. Certains, dans un après-coup, interrogeront l’évolution des rapports entre nature et culture, entre les hommes et leur planète. D’autres se délecteront du vif souvenir du choc esthétique. Tous se souviendront de l’envahissement psychique jouissif provoqué par cette création polymorphe.

Forêt

Franck Vigroux direction, conception, musique
Azusa Takeuchi danse/performance
Margot Dusé création costumes
Kurt d’Haeseleer création vidéo
Antoine Schmitt vidéo générative
Perrine Cado lumière
Michel Simonot et Philippe Malone conseill dramaturgique

Festival DanseCité (Carcassone) : 11 septembre 2021
Festival Musica (Strasbourg): 27 septembre 2021
Festival Impact (Liège) : 16 novembre 2021
Maison des Arts et de la Culture (Créteil) : 4 décembre 2021

 

Crédit Photo: ©Quentin Chevrier

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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