Théâtre

« Et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois », une pièce sur la naissance médiatique des banlieues

« Et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois », une pièce sur la naissance médiatique des banlieues

21 novembre 2019 | PAR Julia Wahl

La compagnie Légendes urbaines propose à Villejuif un historique de la représentation sociale et médiatique de la « banlieue » dans un dispositif de mise en abyme efficace, proposé par le metteur scène David Farjon.

Une mise en abyme sur le mythe de la « banlieue »

Le dispositif scénique mis en place par le collectif pour rendre compte des discours négatifs sur la banlieue est le suivant : un groupe de comédiens, qui ressemblent étrangement aux acteurs présents sur scène, s’interroge sur les conditions d’émergence d’un discours médiatique uniforme sur les banlieues et les cités HLM, forcément violentes et intégristes. Un dispositif de mise en abyme classique mais efficace. 

Suivant la chronologie inverse des événements, la pièce part du fameux reportage de France 2 sur Sevran de 2017 avant de remonter le temps jusqu’aux reportages sur les « rodéos » en 1981, en passant par les émeutes de 2005 et les célèbres « no go zones ». Ces étapes de la construction du mythe sont revisitées par les comédiens-personnages qui s’interrogent sur les causes d’une telle unanimité. 

Une mise en scène un rien didactique 

À l’aide d’une caméra, les acteurs reconstituent les prises de vue et font ainsi prendre conscience aux spectateurs que cadrer, c’est choisir. Choisir ce que l’on va montrer, ce qui est digne d’être montré et qui, surtout, corrobore des présupposés. Le public devient ainsi spectateur de la pièce et des reportages tout à la fois.

Toutefois, et même si cela fonctionne très bien, ce recours systématique aux explications plus qu’à la narration rend le tout un peu trop didactique. Il en va de même de ce personnage joué par Ydire Saïdi, qui, face public, explique aux spectateurs les mots qu’ils pourraient ignorer. En outre, les références convoquées, Bourdieu, Barthes et Debord, sont quelque peu attendues dans un spectacle qui parle des médias et de la naissance de mythes modernes. 

Il n’en demeure pas moins que le spectacle fonctionne et que nous suivons avec bonheur cette bande d’acteurs qui s’interrogent sur les ressorts médiatiques. 

Visuel : © Jérémie GASTON-RAOUL

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Julia Wahl
Après dix ans d'enseignement des lettres en lycée, je travaille actuellement à la compagnie de danse verticale Retouramont comme chargée de diffusion et de production. Auparavant, j'ai œuvré six mois à l'Action culturelle du Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette. A côté des ces activités professionnelles, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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