Théâtre
« Enivrés » de Ivan Viripaev mise en scène par Clément Poirée à la Tempête, une très bonne surprise.

« Enivrés » de Ivan Viripaev mise en scène par Clément Poirée à la Tempête, une très bonne surprise.

16 septembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Clément Poirée monte à la Tempête  Les Enivrés du russe Ivan Viripaev. Le texte excessif offre l’occasion aux comédiens talentueux de pousser leur talent  et au metteur en scène de construire sa plus belle mise en scène.

Nous sommes restés captifs et captivés tout au long des prés de trois heures de pièce pour la première d’Enivrés dans la grande salle cathédrale de la Tempête. Le décor épuré et la scénographie mono motif confectionnent un écrin pour des comédiens merveilleux au service d’un texte extra-ordinaire. L’écrivain russe contemporain Ivan Viripaev a inventé une galerie de situations improbables pour des personnages tous saouls. Leur ivresse sera le catalyseur autant que le bain de précipité d’un cheminement allégorique d’un discours philosophique solide et édifiant.

L’ivresse n’est qu’un motif. Il est un dispositif alibi pour une leçon de philosophie qui s’articule méthodiquement de scène en scène. La scénographie poursuit le motif sous forme d’un double plateau concentrique tournant et de deux proues de verres. Clément Poirée signe ici sa plus belle scénographie et fait mentir l’adage; nous avons et le flacon et l’ivresse, et le texte. Les comédiens servent défendent et honorent le texte. Chacun joue l’abandon à l’ivresse en même temps que la clairvoyance du poivrot dans son édifiante désinhibition. La pièce est une magnifique pièce d’acteurs et Poirée a su ouvrir aux comédiens l’espace pour déployer leur talent, John Arnold,Aurélia Arto, Camille Bernon, Bruno Blairet, Camille Cobbi, Thibault Lacroix, Matthieu Marie, Mélanie Menusont formidables. 

Dans la veine de l’outrance des personnages de Dostojevski, l’ivresse expose les psychés à ciel ouvert. L’invisible se laise enntrevoir. Au milieu de cette saturation, les âmes se livrent. Les personnages déplieront le parcours nietszchien, il nous raconteront leur quête de l’amour maternel figurée par leur alcoolisme, la demande d’un père qui serait aux cieux ou pas. Ils tenteront dans une scène magnifique et cardinale de s’exonérer de ces demandes, de rompre le contact originel pour en construire un autre. Bientôt ils chercherons l’amour, ultime frontière sauf que au 21eme siecle l’amour n’est plus ce paradis sur terre. Dostojevski ne nous sauvera par un mysticisme. Ivan Viripaev est notre contemporain et il nous raconte notre déréliction. Rien ne tient. Alors, propose-t-il, il faut être toujours ivre. C’est le seul toujours qui tienne. La pièce est prodigieuse pour ce manifeste.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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