Pop / Rock

Jonathan Wilson — Live au Cabaret Sauvage le 14 septembre

Jonathan Wilson — Live au Cabaret Sauvage le 14 septembre

16 septembre 2018 | PAR Antoine Couder

Au sommet de son art musical et californien, le groupe de Jonathan Wilson n’a pas eu grand mal à embarquer avec lui un public parisien totalement consentant.

Rock’n roll band. Il y a d’abord cette arrivée sur scène, faussement modeste et clairement rock’n roll. Un Wilson christique façon primitif italien entouré d’une petite bande du même acabit (dont un génial batteur) et une jeune femme polyinstrumentistes qui se distinguera au chœur. L’entrée en matière est flamboyante et, sous le regard d’un portrait de Frank Zappa qui semble avoir été corrigé par Gilbert et Georges le sel de l’affaire est rapidement mis sur la table. Une sorte de boogie qui lorgne en MC5 et s’offre quelques dérapages Psyché en guise de pont. Il est impossible de ne pas noter l’extrême maîtrise dont fait preuve les membres du groupe, fidèles en cela aux principes de la nouvelle scène américaine : Ty Segall, Kevin Morby et quelques autres, qui ont bien retenu les leçons de Wilco.

Psyché planante. On est donc forcément emballé à l’écoute de cette musique d’un autre temps persister dans l’actualité et nous faire oublier que le rock’n roll n’est plus qu’un genre parmi les autres. Première ballade au piano et quelques clins d’œil à la monotonie de l’océan, les figures colorées et un peu algébriques de David Hockney qui crépitent sur l’écran. L’univers a totalement changé et génère cette fois un sentiment étrange, entre envolées psychés planantes et stabilisation autour d’un son compact, très arrondi. La silhouette de Lou Doillon se distingue dans la foule tandis que gravitent tout autour quelques crypto girls mansonniennes. Quelle chance d’avoir bénéficié des services d’un ingénieur du son qui a su lover les choses dans l’acoustique subtile du Cabaret Sauvage.

Country rock. Le jeu consiste donc à passer des ballades aux audacieuses saillies électriques, de l’harmonie bien rangée aux fiers ponts de guitares généreusement offerts à un public homogène et connaisseur. Le chassé-croisé des trois claviers permet d’amoindrir l’effet purement country rock au risque de glisser dans le plan plan sirupeux, ce qui arrive parfois. Oui, on adorerait que notre vie soit super Peace&love mais ce n’est pas le cas et les projections cryptosexuelles vaines et colorées qui ne cessent de crépiter sur les trois écrans semblent vouloir indiquer que malheureusement, le monde se réduit parfois à des images enregistrées.

Keep’on riding. Et puis il suffit de piocher dans les trésors de «Fanfare »   pour que la machine reparte au quart de tour. «Dear friend» frappe par son phrasé simple et emblématique, sa façon de résumer en quelques accords un pan de la musique américaine. «Au fond on est toujours dans la structure d’un live de Led Zeppelin» remarque quelqu’un dans la foule. Jonathan aux mains d’or… Sur la ligne horizontale du très brillant, on se situe à peu près à l’opposé d’un concert des Falls. Ainsi cette montée en puissance tellurique  de «Mose Pain» lancée par « Angel » où enfin va se révéler le palimpseste dylanien… Keep’on riding.


visuel : affiche de la tournée

La playlist en cavale
« Enivrés » de Ivan Viripaev mise en scène par Clément Poirée à la Tempête, une très bonne surprise.
Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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