Théâtre

END/IGNÉ de Kheireddine Lardjam au Théâtre de Belleville : Le choc !

END/IGNÉ de Kheireddine Lardjam au Théâtre de Belleville : Le choc !

25 octobre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Nous connaissons depuis longtemps à Toutelaculture la force et le talent du geste de Kheiredinne Lardjam. Avec End/igné, interprété par Azzedine Benamara, Lardjman ajoute un chapitre essentiel à son oeuvre. Il adapte et met en scène un texte de Mustapha Benfodil et signe un choc psychique et affectif.

Mustapha Benfodil est un auteur algérien francophone, romancier poète et dramaturge. Il est par ailleurs journaliste dans le grand quotidien francophone El Watan en Algérie où il vit. Sa langue est belle et riche d’une tradition de romantisme d’entre les deux rives. La pièce restitue admirablement et le réalisme froid et  le style romantique du poème titré originellement Ind/igné.

Kherireddine Lardjam créé en 1998 la compagnie El Ajouad Les généreux d’après le titre d’une pièce de Abdelkader Alloula, dramaturge assassiné en Algérie par les islamistes. Il est le génial metteur en scène de la pièce  O-dieux sur le conflit israélo-palestinien, de Page en Construction où il interroge son identité, ou de 1000 francs de Récompense de Victor Hugo sur la société à deux vitesses.  À chaque fois il brille par une direction d’acteurs et une scénographie incroyablement efficaces. Son talent et sa malice consistent à empoigner nos âmes pour ne les lâcher qu’au tomber de rideau. Dans End/igné, son aptitude à produire en nous ce choc émotif s’adjoint la suppléance de façon admirable de Azeddine Bénamara, immense acteur découvert en 2014 au Théâtre du Nord avec La nuit juste avant les forets.

End/igné est une pièce en deux actes. Au premier acte Moussa armé d’un balai d’un chiffon et d’un dictaphone est l’unique préposé de la morgue de Balbala, Il s’épanche avec dérision sur les malheurs d’une jeunesse sans avenir. Il consigne tout sur un dictaphone, parle seul, souvent avec humour, pour ne pas devenir fou. Il donne des noms à ces morts alignés dans cette morgue aux métalliques tiroirs funéraires, orne leur départ de ce monde du geste littéraire sinon les gens meurent pour rien. Mais, le jour où il reçoit le corps calciné de son ami Aziz c’est à l’Algérie qu’il adresse sa rage.

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Le propos est politique bien sûr. Nous ressentons en quoi de bêtise et de fascisme se constitue le joug de l’islam politique et sociétal. Mais Mustapha Benfodil pourchasse autre chose, car d’autres désespérés se sont immolés ailleurs, certains même en France. La pièce est une exploration intime et intimiste de cet acte mystérieux de l’auto-immolation, à la façon de Sarah Kane dans Psychose 4:48. Il s’agit de tout décrire et de tout transmettre en collant au plus prés afin de percer l’énigme de l’individu qui décide de se débarrasser de sa peau de damné par la pire des solutions, en purifiant son corps par le feu, en l’allumant pour enfin le regarder vivre. Le premier acte était trempé dans l’ironie, le deuxième acte dans le désenchantement. Les deux actes en miroir multiplient leurs respectives puissances théâtrales. Le discours dans la langue de Benfodil est bouleversant et le jeu de Azzedine Benamara planté dans la pénombre face à nous durant tout le deuxième acte est intense et splendide. Au noir, les larmes coulent sur les joues du public qui peine à sortir de sa sidération pour applaudir à tout rompre,

La pièce est définitivement un choc.

 

 

End/igné

de Kheiredinne Lardjam

au Théâtre de Belleville

94 rue du Faubourg du Temple Paris 11.

Crédit Photos Cie El Ajouad

 

 

 

Infos pratiques

Institut Cervantes de Toulouse
La Fábrica Flamenca – Centro Flamenco de Toulouse
theatredebelleville

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