Théâtre
La Nuit juste avant les forêts : Koltès habité par Azeddine Benamara

La Nuit juste avant les forêts : Koltès habité par Azeddine Benamara

16 mars 2014 | PAR Audrey Chaix

Au Théâtre du Nord, Eric Castex met en scène Azeddine Benamara dans La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès. Un texte dur, une logorrhée sans fin que Benamara porte sur ses épaules sans jamais plier.

C’est sur un plateau très sombre qu’Azeddine Benamara interpète le soliloque de La Nuit juste avant les forêts : décor épuré mais qui parvient malgré tout à rappeler l’ambiance urbaine d’une ville où les pauvres, les déshérités sont autant d’anonymes auxquels Koltès donne ici la parole. Des câbles descendent du plafond pour atterrir sur le plateau, rappelant l’architecture d’un pont suspendu – cela pourrait très bien être le Brooklyn Bridge, dans un New York sombre, crépusculaire. Côté jardin, un guitariste ajoute une ambiance musicale à la mise en scène, comme dans un film noir des années 1950 – ambiance renforcée par les quelques notes qu’il tire parfois d’une trompette.

Dans cette atmosphère qui semble inspirée par Otto Preminger ou Fritz Lang, Azeddine Benamara s’empare avec force du texte de Koltès. Ecrit en 1977, après les crashes pétroliers, la fin du plein emploi, la montée des violences raciales et des mouvements politiques racistes, le texte trouve un réel écho dans notre société actuelle. Cela ne l’empêche pas, malheureusement, de sonner quelque peu daté.

Pendant 1h30, conçue par Eric Castex comme un long plan séquence pour accompagner la phrase de Koltès – car La Nuit juste avant les forêts est une seule et unique phrase, qui épouse les méandres de la pensée pour mieux refléter le cheminement de pensée du narrateur, Benamara est littéralement habité par le texte, qu’il dit avec une intensité toujours présente. On ne peut que l’imaginer dans une salle un peu plus petite, rapprochant le public du plateau, pour créer un échange encore plus fort. Le comédien livre une performance pleine de chair et de douleur en donnant voix et corps à un homme dont on ne sait pas bien d’où il vient ou à qui il parle, mais qui porte en lui tout le désespoir d’un oublié de la société.

S’il est parfois difficile de tenir l’attention pendant toute la durée de la pièce, La Nuit juste avant les forêts bénéficie ici d’une scénographie juste et intéressante, et surtout d’un interprète entièrement au service du texte pour le dire avec justesse et humilité.

Photos © Danièle Pierre

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