Théâtre

En route-Kaddish, l’identité en question de David Geselson

En route-Kaddish, l’identité en question de David Geselson

06 mars 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Yehouda Ben Porat. Pour quiconque ayant vécu en Israël ce nom est connu. L’homme a quitté son école talmudique (Yeshiva) en 1934, en se rasant la barbe du jour au lendemain, direction la Palestine sous mandat Britannique. Une vie de héros suivra et une descendance, l’auteur et comédien David Geselson, son petit-fils qui aujourd’hui est ravagé par la question de l’identité juive, au point d’en faire un spectacle.
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A ce niveau-là, ce n’est pas un hasard, c’est une tendance. Ceux qui restent de David Lescot met en scène le témoignage de deux enfants cachés, cela joue actuellement au Théâtre de la Ville. Même métro, cette fois à Beaubourg, c’est Jonathan Capdevielle qui raconte jusqu’au 7 mars et au scalpel l’histoire de son enfance au cœur de la province gasconne. Ligne de failles, sur une famille juive new-yorkaise arrive au Rond-Point. L’identité, ici juive, gay, est en ce moment au centre de la vie culturelle. Il n’y a pas de hasard. Il y a la sensation de vivre en 1933. On aura entendu successivement en deux ans hurler dans les rues « mort aux pédés », « mort aux juifs ». Malaise. Alors David raconte, d’abord en pleine lumière comment, il n’y a même pas cent ans, son grand père a choisi l’exil et a déménagé encore plusieurs fois  à Amsterdam ou à New-York. Comment il a construit une maison sur une terre où rien ne poussait. David est né en 1980, il est parisien et son grand père et un double mythe. D’abord personnel, celui d’un enfant friand de ses histoires mêlant la tragédie et sa love-story avec Haïké et de l’autre côté, le mythe israélien qui a consacré Yehouda du prix du président de l’Etat.
Sur un plateau où trône un bureau symbole d’une vie en partance où les livres s’accumulent, un ordinateur fait défiler les images d’un cimetière à Jérusalem. Assis, immobile, longtemps se tient Elios Noël. La belle idée de David Geselson et Jean-Pierre Baro est, comme c’était le cas dans Jan Karski, (mon nom est une fiction), de passer du témoignage à la mise en scène dans une forme de théâtre quasi-documentaire.
Nous sommes face à des questionnements extrêmement actuels. David, juif athée n’est nul part à sa place, sauf peut-être au Japon. Quoi qu’il fasse son destin le ramène aux ghettos lituaniens dont son grand-père qui a fui à temps, fut le seul survivant. Partir, rester ? Que reste-t-il de l’idéal sioniste égalitaire et antireligieux ? En route pointe avec justesse chirurgicale les angoisses des êtres en exil. On se noie dans les termes bibliques et dans les joutes verbales qui opposent Yehouda à son meilleur ami « très très à gauche », dont les propos sont une négation de l’Etat d’Israël. Le mouvement existe, et il rejoint étonnamment les idées des groupes très religieux pour qui l’avenue d’un Etat juif doit se faire par le messie. La vie de Yehouda raconte qu’attendre n’est pas une option. David lui en montrant à l’aide de quelques panneaux qui seront supports à des projections de textes ou de films la difficulté de s’intégrer dans un pays quand on y est pas né, et la violence des rapports humains.
Libérer le judaïsme du religieux. Yehouda semblait avoir (presque) réussi. Pourtant, il est saisi par cauchemarde d’arriver « en retard à son enterrement » et d’être du coup privé de kaddish (la prière pour les morts).
Récemment, Yaël Hirsch a publié aux éditions Perrin un essai, Rester Juif ? Où elle montre comment les plus sérieux convertis au christianisme n’ont jamais renié leur première alliance. Cette obligation en quelque sorte hystérise, et c’est dans un cri que Yossef, le père de Yehouda, assassiné par les groupes d’intervention nazis, les Einsatzgruppen en 1941 hurle à son fils « prie Yehouda, prie ! ».
Présenté rue de la Roquette, à quelques pas de l’une des synagogues les plus importantes de Paris, attaquée cet été et depuis le 7 janvier gardée par l’armée, ce spectacle prend une allure militante et politique d’une importance grave. David Geselson en incarnant et en faisant incarner les personnages de sa famille par le formidable Elios Noël, fait sortir les interrogations internes des « juifs de France » du ghetto pour en faire une parole publique.

Visuel :
© Charlotte Corman

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