Théâtre
« Saga », la famille douloureuse de Jonathan Capdevielle

« Saga », la famille douloureuse de Jonathan Capdevielle

05 mars 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

On ne sort jamais d’un spectacle de Jonathan Capdevielle totalement serein. Il marque au fer rouge nos âmes, toujours. Jerk, c’était il y a sept ans pour nous, la première fois, on l’aura vu trois fois depuis. La première fois on avait rencontré un fin jeune homme, sexy à en crever qui incarnait, par la marionnette et la ventriloquie un violeur d’adolescents morts. Quelle est la rage qui anime ce performeur incroyable ? La réponse dans Saga.

Avant Saga, il y a donc eu Jerk puis  Adishatz/Adieu. Ce dernier spectacle au titre en Gascon posait la question de l’enfance et de l’adolescence d’un jeune gay dans une terre où « on est pas des Pédés ! » est une formule de courtoisie. Avec Saga, il continue d’explorer la question de la construction identitaire au sein d’une famille en province. Ici, nous sommes dans les Pyrénées, un peu loin de Tarbes, à Ger, un village inaccessible à moins d’être du coin.

Sur scène, il y a d’abord le son d’un Amstrad que les plus de vingt ans connaissent bien, et il y a un texte, comme un préambule qui nous amène sur la route de l’enfance, comme dans une machine à remonter le temps. On rencontre, dans la voix de Jonathan bientôt de dos et sans micro pour cause de problèmes techniques délirants,  la sœur Sylvie, son mari, les oncles, les tantes, les grands mères, l’extravagant Emile dont le mec est mort du Sida. Ça n’a l’air de rien car ici nous sommes dans l’absolue normalité du pire. Cette famille-là est toutes les familles avec son lot de gentils et de méchants, de cons et d’intelligents. « JoJo », le surnom est insupportable autant que débillisant, grandit tant bien que mal à 10 bornes du lycée, il rêve de faire l’acteur et pour cela se prête au jeu des jobs de figurants assez humiliants dans un centre commercial ET culturel. On est dans le petit ici, dans les rêves riquiqui des petites villes.  Il y a « les gens » qui parlent, disent des « conneries », dans un accent rond, chaud, qui vient chercher dans les graves. On entend comme une litanie : « Sans déconner ! « . On ressent le « cagnard » et les longues soirées à refaire tourner le même monde dans le même rond sous la véranda qu’on imagine. Il y évidement un chien de garde qui remplace la sonnette, c’est aussi ça la voix de Capdevielle.

Sur scène ils sont quatre, Jonathan Capdevielle donc, accompagné de Marie Dreistadt, Jonathan Drillet et Frack Saurel.  Ils sont la famille, les amis, les autres. Pour écrire cette biographie d’une violence inouïe, Capdevielle a invité sa sœur, Sylvie et Jonathan Drillet.  Nous sommes dans un presque documentaire qui confronte les regards d’enfants posés sur un monde d’adultes, relus avec le regard d’un homme aujourd’hui. Nous sommes surtout dans un Chabrol où l’entre-soi de la sociabilité au village fait que les histoires prennent des allures de western.

Saga dérange car le parti pris scénographique anti-réaliste nous oblige à ne pas nous attendrir, même quand les comédiens chantent en chœur « Je sais pas » de Céline Dion. Les teintes kitsch viennent ici noircir un tableau fait de petites misères, de petites humiliations et de grands malheurs aussi. Jonathan Capdevielle porte le récit populaire au rang de la performance, il tape juste en confrontant chacun de nous au misérables accommodements de l’adolescence.

Visuel : ©Estelle Henania

Tournée :
Du mardi 14 au vendredi 17 avril à 20h30 à la Maison des Arts de Creteil et les 11 et 12 juin à la Rose des vents.

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

3 thoughts on “« Saga », la famille douloureuse de Jonathan Capdevielle”

Commentaire(s)

  • Guichon

    Spectacle à fuir !
    Pas de créativité et un jeu d’acteur à revoir

    mars 5, 2015 at 16 h 00 min
  • ph

    Nous étions à la première à Tarbes avec mon épouse et nous avons trouvé le temps très très long ! ! !
    Nous ne recommandons pas ! Mais tous les goûts sont dans la nature .

    mars 6, 2015 at 12 h 54 min
  • selma

    spectacle qui sort du lot, original, qui ne ressemble à aucun autre par son écriture et sa mise en scène. D’une grande créativité ! L’art de raconter des tragédies de la vie avec humour, émotion, sensibilité ! l’art de parler de son pays avec son accent bien marqué ! Ici c’est réjouissant.qui d’autre l’a déjà fait? Je l’ai vu pour sa première à Tarbes avec un public un peu mal à l’aise , normal on parle un peu d’eux… tous les gouts sont dans la nature? Effectivement mais quel bien fou de sortir des sentiers battus en plus lorsque c’est fait talent , mais de nos jours au milieu de tout ce fatras de formatage peu de gens savent reconnaitre les vrais talents créatif sensibles !
    Je l’ai revu à Paris… il avait gagné en légèreté sans perdre de son émotion et sensibilité. Le public parisien réceptif lui, et conquis !
    A VOIR ABSOLUMENT

    mars 13, 2015 at 20 h 45 min

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