Théâtre
Elégant Surèna au Théâtre de la Ville

Elégant Surèna au Théâtre de la Ville

03 avril 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Brigitte Jacques-Wajeman présente aux Abbesses une reprise de Suréna, la dernière pièce de Corneille, centrée en apparence sur le drame intime. Comme le rappelle Christophe Candoni  lors de sa critique du spectacle en 2011 : « A sa création en 1674, elle fut un échec et le dramaturge en convint de mettre fin à sa carrière d’auteur. » en 2012, elle est pourtant magistrale d’élégance.

Dans Suréna, l’ambiance est lourde comme la table qui traverse le plateau et qui sera recouverte de blanches fleurs, semblant prête pour un mariage, cela est palpable, n’aura pas lieu,  de la couronne d’un roi voulant marier sa fille à celui qu’elle n’a pas choisi et de coupes de vins qui s’entrechoquent entre les princes.

Sur l’autel du pouvoir, Les amours d’Eurydice ( superbe Raphaèle Bouchard)  et Surena ( solide Bertrand Suarez-Pazos) ne valent pas la fierté de Rome. Alors , mieux vaut « aimer, souffrir, mourir ». Les jeunes acteurs sont l’incarnation de la respiration, leurs corps parlent et disent la révolte, la haine du pouvoir  et cela dans une forme de résignation dont l’issue est palpable dès que les coupes à champagne, symbole de fête, sont débarrassées.  On entend les amants dire « Plus  je les servirai, plus je serai coupable, Et s’ils veulent ma mort, elle est inévitable ». Corneille annonce, tel un oracle dans la Grèce Antique.

La scénographie est intemporelle, chicissime. Les costumes sont en soie, naviguant entre l’ancien et le résolument contemporain. Les comédiens, magistraux incarnent le verbe en rimes cornéliennes. Ils sont le souffle, le mouvement , la mort et la vie réunis en un geste.

Suréna est l’alliance totale d’une pièce de répertoire éclairée par la modernité. La langue, toute en alexandrin est donnée avec une agréable distance, parfois teintée d’humour quand le verbe se fait lourd nous apparait limpide, porté par des comédiens au jeu intense puisant dans la gestuelle du théâtre d’Eschylle. Il faut dire, par ses thèmes, la pièces nous raconte un mythe, celui qui sera Roméo et Juliette. L’affaire est eternelle, elle en devient actuelle, arrivant, sur un sujet finalement soap opéra à nous faire trembler et à nous surprendre. Cela pourrait être mièvre, et c’est merveille.

Mention Mirco Cosimo Miglioccae

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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