Théâtre

« Edmond », fulgurances de la création de Cyrano par Alexis Michalik au Théâtre du Palais Royal

« Edmond », fulgurances de la création de Cyrano par Alexis Michalik au Théâtre du Palais Royal

01 octobre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Ovationné pour sa pièce Le porteur d’histoire (3 molières en 2014), Alexis Michalik poursuit sa quête entre narration et théâtre avec une pièce absolument brillante et inventive sur les dessous de l’écriture d’un des grands classiques du théâtre français : Cyrano de Bergerac. Dans le cadre divin et ancien du Théâtre du Palais Royal, Edmond est une toute grande pièce qui apporte joie, énergie et réflexion à un public ravi. Un immense succès ne peut qu’accueillir cette pièce brillante de mises en abymes et touchante d’émotions simples sur la création à la française. A voir absolument et même à lire après la représentation chez Albin Michel pour goûter les subtilités du texte.

[rating=5]

1897, malgré la sympathie de la grande Sarah Bernhardt, le jeune Edmond Rostand n’a rien mis en scène ni rien écrit depuis le fiasco de La Princesse lointaine. Alors que triomphent les vaudevilles des deux Georges (Feydeau et Courteline) les alexandrins du jeune poète, né trop tard dans un siècle trop vieux semblent démodés. Mais soudain, l’acteur à succès Coquelin lui commande une comédie pour le Petit Saint-Martin. En quelques semaines, il va falloir l’écrire, cette pièce, avec des producteurs corses un peu mafieux, sans beaucoup de moyens, et avec inspiration. Mais comment fait un homme marié depuis longtemps pour trouver une inspiration nouvelle? Prendre une habilleuse de théâtre pour Muse, n’est-ce pas tout risquer… Avec finesse et même génie, le texte de Michalik pose la question de la création dans le contexte français de la Belle Epoque. Mi-vaudeville, mi-pièce romantique et tendre sur les tourments d’un poète, son Edmond réconcilie la tragédie et le vaudeville dans un tourbillon de jeux de mots, de références (petit rôle dans un lupanar pour Tchékhov) et de retournements qui semblent tisser la toile de la vie même. Quand au texte de Rostand, excellement mis en avant dans l’écrin de l’histoire de sa création, il brille de mille feux et livre encore des nuances et des émotions nouvelles, après des dizaine de milliers de représentations. Hommage vibrant à la poésie, jardin à la française assez débraillé pour sortir le temps de ses gonds, la pièce que l’on voir au théâtre du Palais Royal s’ancre avant tout dans son texte puissant. La mise en scène fait le pari de l’authentique théâtre dans le théâtre : costumes d’époques un peu ridicules, texte déclamé à l’ancienne, mouvement permanent des meubles bougés par les comédiens pour changer de scène et jeu d’acteurs qui s’en donnent à cœur joie comme dans du Feydau, on est au boulevard, et ça marche ! On rit, on pleure, on s’indigne, o se réjouit pour cette troupe mobilisée par quelque chose de grand et généreux : mettre au monde une grande pièce de théâtre qui sortira Paris de sa léthargie. L’amour est là, dans les vers, et l’on croque avec délice le fruit vraiment théâtral de cette pièce déjà intemporelle. Si vous aimez un tant soit peu le théâtre et la jubilation qu’une pièce peut procurer : vous ne manquerez pas Edmond.

Edmond, texte et mise en scène: Alexis Michalik, avec Pierre Bénézit, Christine Bonnard, Stéphanie Caillol, Pierre Forest, Kevin Garnichat, Nicolas Lumbreras, Jean-Michel Martial, Anna Mihalcea, Christian Mulot, Guillaume Sentou, Régis Vallée et Valérie Vogt.
visuels : Copyright Ajejandro Guererro

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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