Théâtre

« Don Karlos », un Schiller un peu squelettique

« Don Karlos », un Schiller un peu squelettique

20 décembre 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Déception : l’équipe menée par Catherine Umbdenstock qui avait su nous gratifier d’une relecture énergique de L’Avare, au Théâtre de la Commune en 2014, revient dans le même lieu avec un Schiller qui semble hésiter constamment entre idées abstraites, et figuratif. Et apparaît au final très, très squelettique. Pour quelques soirs encore, à Aubervilliers.

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Don Karlos, ou les tourments d’un jeune homme peut-être idéaliste, sûrement désabusé, dans l’Espagne du XVIe siècle. Don Karlos, ou l’itinéraire du fils du roi Philippe II, lui-même fils et successeur de Charles Quint. Une oeuvre vaste, a priori. Qui apparaît plutôt belle, à première vue, quand on l’accueille en nous. La pièce de Friedrich von Schiller étonne pas mal, quand on l’écoute : parsemée de thématiques fortes, elle semble moderne, écrite dans un bon équilibre entre modernité et lyrisme. Elle paraît vouloir donner à réfléchir sur la grandeur, et les moyens de l’acquérir. Pourquoi pas. Mais dans la mise en scène présentée à la Commune en ce mois de décembre, les comédiens jouent de façon étrange. Bien peu physique, et comme en retenue… Le but est-il de les faire se tenir en équilibre, eux aussi, entre jeu figuratif et incarnation d’idées abstraites ? L’effet n’est pas très convaincant, dans le cas présent.

Au sein de cette forme, les partis-pris ne sont pas clairs. Visuellement, un chemin de terre figure le dehors. Et des panneaux avec des voiles tendus, un intérieur où tout le monde peut être espionné. Y a-t-il d’autres choses à comprendre ? D’autres signes à déceler ? On ne sait pas… Toujours est-il que cette mise, bien trop simple, fait que le cadre de l’histoire a du mal à nous parvenir. Inquisition, climat de révolte, morts à la pelle : on entend ces éléments de cadre, au détour des phrases, mais on ne les sent pas. Rien ne bouge dans le décor, tout paraît planté, et l’impression de tranquillité qui sourd des interprètes est décidément très étrange. La pièce semble enfermée en intérieur, et hors du temps.

Certains pourront être pris par le style de jeu. Les acteurs ont leurs moments d’éclat, tout de même : Christophe Brault en particulier, qui impressionne tout d’abord par sa droiture. D’autres pourront être éprouvés par le climat répétitif qui sourd de la mise en scène, et qui finira par les décourager. On a un peu l’impression, au final, de passer à côté de la dimension forte de la pièce. Et les idées nous échappent, sans qu’on parvienne à garder une écoute attentive…

Don Karlos se joue jusqu’au 22 décembre à la Commune, à Aubervilliers.

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Visuel : © Marion Chérot et Hannah Rebiffé

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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