Cinema
Berlinale, jour 3 : Monuments men ratés, Schiller en ménage à trois kitsch et « Love is strange », un bijou de film sur le couple

Berlinale, jour 3 : Monuments men ratés, Schiller en ménage à trois kitsch et « Love is strange », un bijou de film sur le couple

08 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

La journée a commencé par le ravissement d’un lever de soleil romantique qui devait s’assortir à notre première et matinale projection. D’une durée de trois heures, Die Geliebten Schwestern (Les sœurs aimées) est un film en costume du prolifique réalisateur allemand Dominik Graf. Avec un trio de jeunes acteurs d’une beauté saisissante, et une thématique « Poésie nationale + Lumières », cette interminable histoire de ménage à trois autour du génial Friedrich Schiller et deux sœurs dans le Sud de l’Allemagne voulait rejouer le morceau de bravoure qu’avait réussi A royal Affair, à Berlin même, il y a deux ans.

Mais en conférence de presse, Dominik Graf avait beau chanter les louanges de l’intranquillité du Sturm und Drang, le film s’étend interminablement pour arriver à la double conclusion téléphonée que les ménages à trois chez les êtres sensibles et que les liens du sang ne peuvent être défaits. Le tout suivant des scènes d’un kitsch achevé. C’est autant la longueur ni le côté téléfilm de l’œuvre qui nous a choqués en compétition au Festival, que son caractère littéralement réactionnaire et völkisch (populiste), à vanter la force de la nature symbolisée par… les chutes du Rhin et à traiter la Révolution Française par-dessus la jambe comme une longue effusion de sang barbare. Reste l’ « invention » (en 1788 !) de l’imprimerie, qui émaille les scènes de semi-cul romantique… Le message historique d’arrière-garde nous a semblé un peu léger au cœur de la compétition.

Côté conférence de presse, on n’a pas appris grand-chose sur la vie de Schiller mais on a pu constater que la tendance look du dimanche avec petit pull Casual s’installait. Ultra-maquillées, les jolies Hannah Herzsprung et Henriette Confurius étaient habillées simplement et chaudement.
La critique de Die Geliebten Schwestern


A 12h30, la fièvre s’emparait du festival : tandis-que la presse découvrait la nouvelle épopée de George Clooney, The Monuments Men, la foule en délire s’amassait devant le Hyatt où la photocall et la conférence de presse devaient avoir lieu à  14h45. Côté film, la catastrophe annoncée a bien eu lieu et malgré son casting cinq étoiles et son pitch pas si mauvais (une dreamteam de jeunes historiens de l’art se jette dans l’année 1943 en Europe pour sauver son patrimoine artistique), Monument Men est un Ocean 11 raté en costumes amidonnés et qui ne survit pas à ses dialogues moralisateurs. « Qui va s’assurer que le David de Donatello reste debout et que Mona Lisa va continuer à sourire, demande très sérieusement George Clooney en chef d’opération barbu, avant d’aller embaucher Matt Damon pendu à un échafaudage.

On s’est rapidement éclipsés, laissant lâchement nos confrères mesurer l’ampleur du désastre pendant que nous nous sommes réfugiés auprès de la section panorama pour voir notre film préféré de ces deux premières journées ; Love is strange de Ira Sachs. Mettant en scène deux hommes amoureux depuis 40 ans qui officialisent leur liaison dès que la loi de l’état de New-York le leur permet, cette comédie très tendre, au propos aussi familial que délicat nous a enchanté par ses vues de Manhattan, ses dialogues justes et les questions humaines et sociales qu’il pose avec une grande simplicité. Un joli film, profond et honnête, tout simplement, dont on est ressorti plein d’énergie.

La critique de Love is Strange.

Et de l’énergie, il en fallait pour faire face au raz-de-marée qui s’est abattu sur la salle de conférence de presse, où les « Monuments men » sont venus en « Gentlemen only » : pas de Cate Blanchett, pour tenir compagnie à Matt Damon, Jean Dujardin, Bill Murray qui cachait ses cheveux roux sous un bonnet et George Clooney, qui accumulait les blagues et les clins de sourcils de séducteur pour ne pas trop à avoir à parler du film. De mémoire de TLC, on n’avait jamais vu de bataille aussi enragée pour voir une équipe de film. Même Pattinson ou Fassbender n’avait pas attiré autant d’attention de flashs crépitants et de questions langoureuses… A croire que l’égérie Nespresso est la plus grande coqueluche de ses dames et de leurs magazines même quand il rate ses films. Toute La Culture a bien sur réussi à se faufiler pour vous arracher quelques clichés : What else ?

Nous avons profité du beau temps pour faire une longue promenade dans une ville quasi printanière, et c’est sur la Aexanderplatz, au cœur de Berlin Est que nous avons vu le premier de nos classiques, et un film qui résonne fort en  ces lieux puisqu’il s’agissait d’une adaptation du Baal de Brecht avec Rainer Werner Fassbinder devant la caméra. Une série d’errance un peu faustienne d’un artiste par un réalisateur fête par la 64ème Berlinale, puisque son Diplomatie sera projeté à Berlin en avant-première cette semaine. Pour lire notre portrait de Völker SChlöndorff, cliquez sur le lien !

visuels : Yaël Hirsch + Olivia Leboyer

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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