Théâtre

Avignon Off : « Mein Kampf, une farce », peut-on rire de tout ?

Avignon Off : « Mein Kampf, une farce », peut-on rire de tout ?

20 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

Raconter la genèse de la carrière politique d’Hitler sur le ton de la plaisanterie, voilà qui est plutôt osé. Mais même transformée en farce, cette histoire n’en demeure pas moins cruelle et tragique, ainsi que paradoxalement porteuse d’espoir. C’est d’ailleurs toute la complexité et le sel de l’écriture de Georges Tabori et de la pièce « Mein Kampf, une farce ».

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Dès le début, le ton de la pièce est donné. Nous sommes dans les années 1920, à Vienne, dans un asile pour sans-abris. L’un des studios est occupé par Schlomo Herzl et Lobkowitz. Ces derniers se connaissent depuis longtemps et sont inséparables. Ce sont aussi deux originaux : Lobkowitz se prend pour Dieu et Schlomo vend des Bibles, ainsi que des Kamasutras pour subvenir à ses besoins.

Mais un jour, le quotidien de notre duo atypique va être bouleversé par l’arrivée d’un troisième larron : Hitler en personne ! Quelle ironie de voir le responsable de la solution finale, pas encore nazi, mais déjà antisémite, se mettre en ménage avec deux juifs ! Si Lobkowitz demeure circonspect à son égard, Shlomo, lui, l’apprécie et a décidé de le prendre sous son aile.

Il faut bien avouer que ce petit moustachu teigneux en costume bavarois peut se révéler touchant, encore faut-il qu’il ne pique pas une colère et qu’il ne déverse pas un flot de propos si insultants et incompréhensibles que cela en devient risible. Dans ces moments-là, le manque de confiance en lui d’Adolph et son besoin de tendresse transpercent sa carapace. Alors il se blottit contre le vieux Schlomo… Mais le temps passant, il devient de plus en plus aigri et dédaigneux.

Mais plutôt que de se laisser aller à ses sentiments et de suivre les enseignements de Schlomo, une fois ses rêves brisés, il préférera se lancer dans une carrière politique, où l’amour n’aura pas sa place. Si Schlomo avait su ce qu’il deviendrait lui serait-il venu en aide ? Faut-il toujours secourir son prochain ? Si seulement il avait écouté la mort !

En effet, la mort en personne s’est également invitée chez nos deux amis juifs, un peu comme un cheveu sur la soupe… Habillée en tailleur noir, le teint blafard et les yeux cernés, la mort détonne dans ce décor des années 1920. Si elle incarne à merveille l’administration impitoyable et ses méandres, si telle Cassandre, elle symbolise le futur tragique qui se dessine, sa tenue et son attitude, totalement anachronique, marquent une rupture dans le récit. Elle crée ainsi une certaine distanciation avec l’histoire qui se joue sous nos yeux, mais casse également l’atmosphère qui s’en dégageait. Le contraste est brutal, sans doute pour signifier la rupture que représente la Seconde Guerre mondiale dans l’Histoire.

Une autre voix était pourtant envisageable et c’est ce que la pièce tente de nous dire sur le ton de la plaisanterie. Un autre chemin est toujours possible, à condition de garder son cœur ouvert. On ne réécrira pas l’Histoire, ce qui est fait ne peut être défait et ne doit pas être oublié, mais on peut la rendre moins insupportable en la tournant à la dérision et surtout en veillant à ce qu’elle ne se reproduise jamais.

Informations pratiques :

Mein Kampf, une farce, d’après Georges Tabori, mise en scène de Luca Ruffini Ronzani et Magali De Leeuw, présenté par la compagnie Une farce, dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 16 au 21 juillet 2018, à 22 heures 30, au théâtre Au Verbe fou. Durée : 1 heure 15.

Visuel : © Affiche officielle

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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