Théâtre
Avignon off: les animaux sont partout, fiction et réalités, le choc des titans.

Avignon off: les animaux sont partout, fiction et réalités, le choc des titans.

10 juillet 2021 | PAR Anne Verdaguer

A la manière du grand ordonnateur d’un monde où la fiction est reine, Benjamin Abitan et son collectif du théâtre de la démesure explorent une écriture décomplexée où les histoires sont imbriquées les unes dans les autres, dans un monde futuro-scientifico-onirique. Déconcertant, inventif et audacieux.

Quelle vraie différence entre l’homme et l’animal? Le postulat de départ est posé d’emblée : l’homme est capable d’avoir un imaginaire et d’y attacher le monde dans lequel il vit. Deux personnages, un artiste et un scientifique, vont creuser cette question à l’occasion d’une collaboration autour du sentiment esthétique des animaux et comparer leurs recherches. Entre temps, ils tomberont amoureux, mais c’est encore une autre histoire… Aidés de la réalité virtuelle, qui est l’apogée de ce monde inventé, ils seront, malgré eux, pris en otage par une société de super animaux qui prône le multi-spécisme. Dans cette épopée ou le futur et le présent cohabitent, ils vont se perdre eux même entre la fiction et la réalité, alors qu’ils sont épiés dans leur labo, lieu blanc et vide, qui gomme tout idée d’espace-temps.    

Couches de sous-couches 

S’ensuivra une deuxième histoire enchâssée dans la première, qui met en scène un autre couple d’artiste et de scientifique, les résidents captifs de l’ année précédente. Les rôles alors se déplacent et la véritable question du spectacle apparaît : comment sortir du labyrinthe de la fiction et surtout pourquoi ?

Dans « les animaux sont partout », l’expérience narrative de plusieurs récits imbriqués prend toute sa consistance, autour d’une réflexion sur le phénomène de fiction et de réalité. Quel est la part d’imaginaire dans nos vies? Comment l’intégrons-nous à notre réalité pour la rendre plus belle, plus vivable? 

Déjà utilisé dans Tragédie de la même compagnie, un spectacle uniquement sur Whatsapp qui parle de spectateurs qui rejouent la pièce qu’ils viennent de voir sur cette même messagerie, ce procédé qui consiste à s’affranchir des codes habituels de la narration sans vouloir mettre de véritable point de départ ou d’arrivée, peut décontenancer. Mais il invite aussi au lâcher prise là où notre cerveau veut toujours tout comprendre et contrôler. Faisant constamment un pas de côté, l’histoire n’en fait pas moins sens et garde une part de mystère.

 

« Les animaux sont partout », mise en scène Benjamin Abitan, au théâtre du train bleu, jusqu’au 25 Juillet (jours impairs)

 

Image : © Pauline Le Goff

 

 

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