Théâtre

Avignon OFF 2019 : « 68 Mon Amour », les soixante-huitards : artisans de la perversion d’un système ou partisans de la liberté ?

Avignon OFF 2019 : « 68 Mon Amour », les soixante-huitards : artisans de la perversion d’un système ou partisans de la liberté ?

24 juillet 2019 | PAR Magali Sautreuil

Que de sottises ont été racontées sur les événements de mai 68, si bien que démêler le vrai du faux est devenu un exercice périlleux ! Le témoignage de Roger Lombardot permet de renouveler notre regard sur cette époque mouvementée. 68 Mon Amour nous livre ainsi une vision profondément optimiste et bienveillante de cette période, avec sobriété et simplicité. Un récit à découvrir au théâtre de la Croisée des Chemins, pendant le Festival OFF d’Avignon.

Déjà, petit garçon, Roger Lombardot ne comprenait pas le monde qui l’entourait. Celui-ci avait les couleurs du Paradis, et pourtant, les gens semblaient vivre en Enfer. Les adultes qu’il côtoyait ressemblaient à des zombies, dont les gesticulations s’apparentaient à une danse macabre… Ces êtres corrompus par le travail, fustigés par les religions et mutilés par la guerre, semblaient totalement vidés de leur force vitale, ce qui les rendait extrêmement dociles et les empêchait de remettre en cause leurs us et coutumes…

La vision du monde de Roger était si éloignée de celle de ses congénères qu’il lui était impossible de se fondre dans le moule, dans ce système rigide fondé sur l’exploitation des travailleurs, sur une image dégradante de la femme, sur une morale étroite et sur un mode de vie routinier qui ne laissait aucune place à la fantaisie.

Alors, quand mai 68 éclata, ce fut pour lui une renaissance, une révolution synonyme de liberté, loin de l’image des lanceurs de pavés et des casseurs, qui ne représentaient qu’une infime partie des soixante-huitards, ou de sa réduction artificielle à un simple mouvement social. Ce fut pour lui le moment où toute une génération avait décidé de porter en elle une ambition qui semblait à certains démesurée : celle de vivre, tout simplement…

Malgré une subtile critique de la passivité et de la soumission des hommes, du monde du travail et du consumérisme, ainsi que des atrocités commises sans aucune raison par nos pairs, le témoignage de Roger Lombardot n’est en rien vindicatif. Il est d’une douceur sans pareille, sans doute parce qu’il a rencontré pendant ces événements sa future femme. Cela donne une dimension charnelle à son récit. Foncièrement optimiste, ce dernier nous permet d’envisager la vie autrement et nous invite à réfléchir sur notre avenir…

Servi par la mise en scène minimaliste de Chantal Péninon, qui laisse la part belle au texte, le témoignage de Roger Lombardot s’exprime avec simplicité et sobriété à travers le comédien Ludovic Salvador. Seul en scène, il incarne véritablement l’auteur de 68 Mon Amour et nous livre avec bienveillance sa vision de cette période de notre histoire, dans laquelle il se reconnaît… Pour lui, « les idées semées à cette époque-là sont plus actuelles que jamais. Les préoccupations et les aspirations des soixante-huitards ont su traverser les années. Afin que chacun puisse les entendre, y compris les générations qui n’ont pas connu mai 68, le personnage de Roger Lombardot est interprété par un homme plus jeune, Ludovic Salvador », ce qui confère à ce témoignage une dimension intemporelle…

On ressent une parfaite osmose entre l’écrivain, la metteuse en scène et l’acteur. « Tombés amoureux de son œuvre, ils ont d’ailleurs décidé de lui dédier un triptyque. Si les trois pièces qu’ils ont choisies ont chacune leur thématique, elles ont également des points communs. 68 Mon Amour nous rappelle que les utopies nées il y a une soixantaine d’années sont toujours d’actualité. Le Discours d’investiture de la Présidente des États-Unis nous montre qu’il est urgent d’abandonner la violence si nous voulons sauver notre humanité. Quant à La Rose, elle nous parle des merveilles retrouvées dans la Grotte Chauvet, vestiges d’une civilisation disparue. Dans ces trois textes, Roger Lombardot nous fait entendre la place centrale de l’artiste dans le fonctionnement et l’avancée d’une société. »

68 Mon Amour, de Roger Lombardot, mis en scène par Chantal Péninon, présenté dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, au théâtre de la Croisée des Chemins, salle côté cour, du 5 au 28 juillet 2019, à 15 h 15. Relâche les 8, 15 et 22 juillet 2019. Durée : 57 minutes.

Retrouvez l’actualité de la compagnie Vue Sur Scène sur son site Internet (ici) et sa page Facebook (ici).

©Visuel : Affiche officielle

Passages entre guillemets : Entretien réalisé pour Toute la Culture avec Ludovic Salvador.

Infos pratiques

Théâtre de la Tâche d’Encre
Festival international des arts de la marionnette à Saguenay (FIAMS)
Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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