Théâtre
Antoine et Cléopâtre à l’Odeon ; Célie Pauthe s’égare en Egypte

Antoine et Cléopâtre à l’Odeon ; Célie Pauthe s’égare en Egypte

22 mai 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Célie Pauthe propose une lecture de Antoine et Cléopâtre de Shakespeare dans l’air du temps. Elle figure sur le plateau des Ateliers Berthier, une guerre entre l’occident et l’orient qui ne s’éteindra que par le suicide des amants mythiques.  L’audace est à saluer sauf qu’elle rate son coup.

 

Antoine et Cléopâtre, une passion politique

La pièce est une boite de pandore. Antoine et Cléopâtre c’est un couple célèbre. Le cinéma y est certes pour beaucoup depuis qu’un autre couple terrible, Richard Burton et Elizabeth Taylor, les a incarnés. Antoine et Cléopâtre, c’est aussi un  mythe politico-­sentimental où la vedette revient à la reine d’Égypte, impérieuse et ensorceleuse, à côté d’un Marc Antoine aliéné à ses charmes. C’est aussi une pièce qui figure le moment de bascule de l’Histoire où  s’opposent d’un côté la passion amoureuse et de l’autre l’industrie géopolitique de l’empire romain qui veut faire régner sur un monde unifié l’ordre, la mesure et la stabilité.

Antoine et Cléopâtre c’est enfin un drame shakespearien à l’intrigue savoureusement psychanalytique car y circulent l’amour, le pouvoir et le meurtre entre une femme absolue, des frères d’armes et un père mort César, ancien amant de Cléopâtre qui vient hanter Antoine. 

Une confrontation orient occident

Célie Pauthe propose une adaptation et une lecture nouvelle autour de la question tiers-mondiste d’une confrontation entre l’occident et orient. Déjà avec Berenice, la reine juive de Palestine, elle avait mis en scène avec force à Berthier au milieu des sables du désert une vision racinienne d’une fusion impossible entre Titus et Bérenice, d’une harmonie perdue entre l’ouest et l’est.  

Elle imagine cette fois une Cléopâtre anachroniquement arabe. Elle associe  son geste des chansons de Mohammed Abdel Wahab. Elle veut voir et nous faire voir dans le projet d’Octave tout autant que d’Antoine celui de créer un nouveau monde où les notions même d’Orient et d’Occident n’existeraient plus mais se fondraient en une même hybridité originelle, indémêlable.  Expurgé de ses autres dimensions, la pièce se vide. La langue de Shakespeare se rebelle à simplification. Mounir Margoum brille dans le rôle d’un Antoine orientalisé. Le public  (et avec lui les comédiens?)  n’adhère pas à cette vision sommaire du drame. Célie Pauthe s’égare et nous perd ; on s’ennuie un peu. 

 

Antoine et Cléopâtre de William Shakespeare mise en scène Célie Pauthe avec Guillaume Costanza, Maud Gripon, Dea Liane, Régis Lux, Glenn Marausse, Eugène Marcuse, Mounir Margoum, Mahshad Mokhberi, Mélodie Richard, Adrien Serre, Lounès Tazaïrt, Assane Timbo, Bénédicte Villain, Lalou Wysocka

Crédit photo Affiche 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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