Spectacles

Le Théâtre du Futur selon Milo Rau

Le Théâtre du Futur selon Milo Rau

20 mai 2018 | PAR Agnes Polloni

Vendredi 18 mai, s’est tenue la conférence de presse de l’ouverture du programme   du théâtre le NTGent, l’un des plus  plus populaire de la ville de Gent, à quelques kilomètres de la capitale belge.

ToutelaCulture était sur place, nous étions les seuls journalistes français à couvrir la conférence en avant-première, où les prochains spectacles ont été présentés, les acteurs et comédiens faisaient également partie de cette formidable aventure.

Une immersion au plus profond de la création, et surtout de la diversité, le NtGent se veut révolutionnaire, son directeur artistique Milo Rau se base sur le Manifeste de Ghent qui a écrit par lui-même : « L’idée, c’est de faire un théâtre qui puisse être global, voyager, et qui soit inclusif, notamment à travers le mixage des acteurs et des non-acteurs : c’est quelque chose que j’avais toujours fait, mais que j’essaie ici presque de codifier. « 

Un nouveau genre théâtral qui se veut conciliateur et nouveau, accessible à tous, et se décline en dix grand principes, rappelant les textes fondateurs et textes sacrés.

La programmation aborde des thématiques culturelles, spirituelles tout en traitant des thèmes politiques et sociétaux. Sous la direction artistique de Milo Rau, le NtGent replace au centre les problématiques sociétales et conflits internationaux, pour un agenda artistique libre de surcroît interprété par des acteurs venus de toutes horizons. « J’essaie de tisser des liens entre les histoires des acteurs (ou non-acteurs) et ce qu’ils racontent, de faire une synthèse entre les vraies vies de ceux qui jouent et les personnages qu’ils représentent. Ils sont pour moi comme les coauteurs du spectacle » a-il récemment déclaré.

Le théâtre doit ainsi être local et vivant provoquant irrémédiablement une répétition de ce qui s’est passé dans l’histoire. Le codes théâtraux s’en retrouvent bouleversés, pour en faire un théâtre de rue, flirtant avec les règles traditionnelles et un désir d’utopie.

L’équipe d’acteurs coachés par Milo Rau ont voyagé et se sont rendus notamment au Nord de l’Irak et au Congo pour effectuer un véritable travail de recherche sur place, en étant au plus proche des soldats de l’armée irakienne, d’artistes, mais aussi de la population. 

Un théâtre de rue, une règle qui s’applique également aux acteurs, pour lesquels certains d’entre-eux ne sont pas des acteurs professionnels : « Il n’est plus question de portraitiser le monde dans lequel nous vivons, il s’agit également de le changer. » déclarait le talentueux réalisateur.

Derrière l’idée ambitieuse de se projet, un programme chargé se destine à l’horizon 2018 à vocation internationale se déclinant sous différents formats où l’on retrouve notamment Jan Decorte, Ossama Halal, Josse de Pauw ou encore Mag Stuart. 

Au delà de cette dimension créatrice, l’aspect associatif est l’un des paris que relève Milo Rau, en collaboration avec notamment The Art Of Organization Hope ou  Lara Staal sur la question des valeurs européennes. Milo Rau’s prend aussi la parole dans une assemblée générale, et s’exprime sur les  opprimés en s’interrogant sur la question du futur ensemble. L’hymne porté par ce théâtre est avant tout :

  « Du Théâtre pour tous et sur tout ! ». 

Petit florilège des performances et scènes qui auront lieus au NtGent très prochainement :

                                                           Lam Gods de Milo Rau : 

L’ouverture de la conférence s’ouvre par une peinture du 15ème siècle ap.J-C. des deux frères Hubert and Jan van Eyck « Monuments Men. » 

Adam et Ève, Cain et Abel sont martyrs et anges, symboles chrétiens mais aussi spirituels. 

Milo Rau a décidé de transposer Adam et Ève du 21ème siècle dans cette oeuvre, filmé tout au long d’un casting de plusieurs mois. S’inspirant de cette peinture, on se questionne sur l’identité des nouveaux martyrs et des juges qui en découlent. La souffrance humaine, la foi, la tragédie et le salut sont interprétés de manière contemporaine en finesse, découlant du reflet de la peinture. 

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         Ghostwriter & The Broken Hand Break  de Miet Warlop

Un frein à main n’a parfois d’autres fonctions que d’être le symbole de cauchemars. Perte de contrôle sans pouvoir s’arrêter, le désastre n’est jamais loin. D’une toute autre façon, l’objet peut s’avérer synonyme de liberté dépourvu d’inhibitions : la fin du début et le début de la fin. Produite par le talentueux réalisateur belge, dont l’oeuvre Mystery Magnet a connu un succès retentissant, s’est lancé dans une toute autre performance mêlant de danse, récitations et concerts, jouant sur la corde du contrôle de soi mais aussi de la perte qui l’entraîne. 

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Compassion : The History of Machine Gun de Milo Rau

[Compassie. De Geschehnis Van Het Machinegeweer  titre original.]

Dans  cette nouvelle pièce, le sort des réfugiés est abordé, remettant en cause les limites de notre compassion et des valeurs de l’humanisme dites Européennes.

Les images inondant notre flux Facebook, composé d’images de migrants morts échoués sur les plages, sont partout : télévision, fil d’actualité Facebook, Twitter etc. 

Compassion évoque avec sensibilité le chemin des réfugiés ainsi que la guerre civile au Congo, dans un semi-documentaire enrichi d’intervenants porté par des ONG. 

L’élément essentiel repose principalement sur ce questionnement : Jusqu’a où pouvons-nous endurer la projection de la misère des autres, et pourquoi la regarder ? 

Pourquoi une personne décédée aux portes de l’Europe suscite-elle bien plus d’intérêt que des milliers de morts quotidiens dans la guerre civile du Congo ? 

 

Histoire(s) du Théâtre de Faustin Linyekula

Histoire du Théâtre combine à la fois l’histoire personnelle de Faustin Linyekula, avec l’histoire contemporaine de la danse africaine. Lors de son indépendance le Congo se mit en quête d’une identité, l’ironie du sort le mena à s’imprégner des cultures occidentales, lorsqu’un ballet national fut fondé, directement inspiré des ballets nationaux Russes.

L’objectif de Histoire du Théâtre est d’emmener le spectateur dans toute la diversité de la danse, représentée d’un aspect multiculturel, rassemblée en un seul ballet national. 

La performance de Faustin Linkuyela fait partie d’une deuxième série de productions, sous la régie et direction de Milo Rau’s. Histoire du Théâtre, se réfère d’ailleurs à une série de films des années 1980-1990 réalisée par Jean-Luc Godard : Histoire(s) du Cinéma.

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La Reprise : Histoire du Théâtre I de Milo Rau

Une nuit d’avril 2012, Ihsane Jarfi parle à quatre hommes, dans le coin d’une rue de Liège située juste en face d’un bar gay. Deux semaines plus tard, il est retourné mort la lisière d’une forêt, les séquelles relevées témoignent d’une violence sans nom où il fut torturé durant des heures. Le crime secoua la Belgique, qui est cette fois ré-adaptée au théâtre. Approchée d’une manière allégorique, la tragédie du crime se positionne sur les différents motifs qui peuvent l’induire, et sur l’audience citoyenne relevant d’une faute collective. Dans une interview accordée à David Sanson, Milo Rau déclare :

« Un peu comme dans Compassion, il y a une histoire qui est racontée mais en même temps, le centre du projet, c’est une certaine façon d’être acteur sur scène, de parler de quelque chose qui est vrai, de questionner son engagement d’artiste. »

Six acteurs et amateurs nous font contempler le glamour et les abysses du théâtre de la vie, pour nous plonger dans le rôle très brutal d’un protagoniste capable de tuer. La mise en scène de cette oeuvre a été coriace, car il s’agit de revenir sur les bases essentielles du travail de Milo Rau, remontant parfois jusqu’à quinze ans dans le passé pour trouver l’image de la représentativité de la violence sur scène. 

                                      
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De Living de Ersan Mondtag 

Les dernières heures de la vie humaine, la pièce débute par une femme rentrant  dans son salon, et s’apprêtant à se suicider. Que va-elle faire durant cette dernière heure qu’il lui reste ? Y’a-il un moyen d’échapper à cette mort soudaine ou s’agit-il d’une étape inévitable, synonyme de libération ? 

L’histoire du théâtre repose sur des caractères qui meurent ou se suicident eux-même à la fin : Antoine et Cléopâtre, Roméo et Juliette…Pourtant, les spectateurs savent que la mort sera imminente à la fin du spectacle, mais ils viennent quand même y assister. 

Ce serait comme si les spectateurs tout au long de l’histoire du théâtre savourent avec délice cette sensation de fatalisme. Au bout du long tunnel qu’est la mort, l’être humain se résume grossièrement en deux parties : l’une représente la paralysie, tandis que l’autre symbolise l’autonomie. Si l’une de ces deux parties constituantes mourraient, cela pourrait mener à une véritable révolution corporelle. À la croisée du Stadttheater à l’allemande et des scènes indépendantes de type « black box »,  un modèle qui n’existe qu’ au NTGent, le choix est vaste et se veut dénonciateur de notre époque contemporaine.

 

Crédits Images : NTGent Programmation.

Interview réalisée par David Sanson

Agnès Polloni 

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Agnes Polloni

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