Performance
« Hate Me, Tender », Teresa Vittucci, pure féministe

« Hate Me, Tender », Teresa Vittucci, pure féministe

16 janvier 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival Faits d’Hiver donne cette année la part belle aux femmes. Au Centre Culturel Suisse, encore ce soir, la performeuse présente ce solo qui a reçu le Prix suisse de la danse en 2019.

Faits d’Hiver a ouvert le 13 janvier avec un trio de danseuses, Suzie Babin, Isabela Fernandes Santana et Nadia Beugré,  mis en scène par Bernardo Montet qui, rappelons-le, a dirigé avec Catherine Diverrès le CCN de Rennes. Une pièce dont l’objet était de montrer « trois femmes puissantes ». Le second spectacle programmé est un autre manifeste, qui présente une autre femme puissante. Teresa Vittucci est née à Vienne, a un nom italien et parle avec un fort accent new-yorkais. Elle déborde. 

Pour le moment, elle semble assoupie, allongée sur le petit carré de plateau qu’elle s’est octroyée, ourlée de néons. Sur sa scène, elle a pour compagnie un vase avec des  fleurs et feuillages à longues tiges.  Elle va se déployer, lentement, et l’on découvre, sous son voilage orange fluo un corps un peu peint, presque nu. Du blanc et du brun qui ourlent les contours de son corps rond.

La performance s’installe tranquillement avant de percuter et de ne plus nous lâcher. Pourquoi cela bascule ? Parcequ’elle nous parle. Et de quoi. De la Vierge. Oui, de la Vierge. Et puis,  de fil en aiguille, de toutes les vierges et de toutes les allégories de l’hymen que la société dans sa version capitaliste a calé partout.  

La danseuse  qu’on a pu voir chez Traja Harel a une présence scénique très forte. Elle navigue avec humour sur le fleuve de la colère.  Hate Me, Tender est trash, direct. Pourtant, c’est aussi pop, doux et fascinant.  Le voile, elle le glisse partout, oui partout, jusqu’à une douleur qui passe mieux avec un peu de disco. 

Elle nous amène a comprendre que la misogynie se glisse partout dans les actes les plus quotidiens. Tout est prétexte à dire que la pénétration est une libération. 

Le corps est ici un acte.  Rien de nouveau direz-vous. Marina Abramovic a déjà fait ça. Mais Teresa Vittucci impose sa présence, dans un geste très actuel pris dans les réflexions amenées par l’ère #Metoo. En s’attaquant à la notion de pureté et de virginité elle casse des stéréotypes dont pas mal sont devenus invisibles. 

A 20h, au Centre Culturel Suisse, 32 rue des Francs-Bourgeois, 75003. 

Visuel : ©Yushiko Kusano

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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