Performance
[Festival d’Automne] Tilda Swinton et Charlotte Rampling en fantômes des arts

[Festival d’Automne] Tilda Swinton et Charlotte Rampling en fantômes des arts

29 septembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Olivier Saillard énerve certains, en fascine d’autres. En ce qui nous concerne, il nous émeut. Cet historien de la mode ultra looké, directeur du musée Galliera a la chance d’avoir comme muse Tilda Swinton. Après avoir créé pour elle Eternity Dress en 2013 puis The Impossible Wardrobe en 2015 il l’associe cette année à Charlotte Rampling pour une performance triste, belle et sombre : Sur-exposition.

[rating=5]

Elles nous attendent assises sur deux bancs. Deux icônes dont les films défilent, Portier de Nuit pour l’une, Only Lovers Left Alive pour l’autre, et on pourrait en égrener des centaines. Égrener c’est justement ce que les deux stars vont faire en citant des noms-monuments : Brassaï, Klein, Penn…entre autres.

Le dispositif commence par énerver. Elles déambulent en portant des toiles noires auxquelles elles redonnent une vie en les nommant, puis la magie de Saillard opère. Cet orfèvre des sentiments sait exactement comment nous saisir. L’année dernière au Centre National de la Danse il avait créé un défilé de l’invisible avec Models never talk et ici il continue cette quête de la disparition en interrogeant ici les mémoires et les traces.

Par touches, elles vont incarner ses photos. Charlotte Rampling deviendra par exemple Violetta Sanchez, la muse d’Helmut Newton, cigarette au bec. Entre elles deux l’osmose est sublime, Tilda protégeant la fragile Charlotte.  Saillard joue avec nos nostalgies en se demandant ce qu’il reste de la fugacité des images que l’on s’échange mais qui ne s’impriment plus. Il confronte les icônes aux icônes dans une élégance austère.

Au fur et à mesure de la performance, un musée se crée aux allures d’une rétrospective Soulages. Posés au sol ces tableaux monochromes ressemblent désormais à des pierres tombales.

Saillard signe ici un hommage sensible à la chambre noire et aux photographes du XXe siècle. L’historien qu’il est ne peut s’empêcher de porter le passé sur scène dans un geste subtile, aussi précis qu’un coup de ciseau.

Visuel : ©Sur-exposition © Katerina Jebb

Infos pratiques

Maison Européenne de la Photographie
Salle Gaveau
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “[Festival d’Automne] Tilda Swinton et Charlotte Rampling en fantômes des arts”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *