Performance
César Vayssié, en plein process à Montévideo (Marseille)

César Vayssié, en plein process à Montévideo (Marseille)

19 février 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Et si l’on fusionnait le délire ambiant et le mépris de l’État vis-à-vis de la culture pour en faire quelque chose plutôt que de se plaindre sans effet ? Pile dans l’air du temps, César Vayssié, en résidence à Montévideo, à Marseille, a eu l’idée de réactiver un projet qui est en « même temps » une pièce et un film :  Ricorda ti che è un film comico

Répéter

Sans aucune raison, ni rationnelle, ni médicale, ni valable, le droit à l’accès à la culture est piétiné ; cela a comme conséquence, pour le spectacle vivant, une interdiction de représenter. En revanche, répéter, à l’infini, est possible et en public (professionnel). C’est ainsi que nous avons eu la chance d’accéder à Montevideo, en plein cœur de Marseille. Ce lieu de résidence génial est tenu par Hubert Colas. Des artistes y vivent et y créent des œuvres. Dans la vie normale, c’est l’un des cafés les plus cools de la ville, aussi. Et répéter à l’infini ce n’est pas une idée qui déplaît au cinéaste, metteur en scène mais aussi danseur César Vayssié.

Filmer

« Ricorda ti ché é un film comico » c’est ce que Fellini, pas vraiment enclin au rire, avait collé sur sa caméra alors qu’il tournait Huit et demi. C’est désormais une pièce et un film ; enfin, ce sera, car tout l’enjeu de ce travail, c’est le « process ».  Les comédiens : Alix Boillot, Pursy De Médicis, Noémie Develay-Ressiguier, Théodora Marcadé et Gaël Sall jouent au plateau et sont filmés en direct en un seul plan séquence. Chaque représentation correspond à un tournage, qui n’est pas une captation. Ce que nous voyons sur scène n’est pas ce que la caméra retient. 

Jouer

La performance questionne merveilleusement bien ce que capter le vivant veut dire. Le spectateur est invité à voir le spectacle et, ensuite, quelques jours plus tard, de voir le film comme une réminiscence du théâtre. Quand on fait l’exercice, on réalise que notre regard de spectateur est forcement plus libre, plus oblique, il ne va pas forcement là où il faudrait. Le film lui cadre par définition et empêche le pas de côté.

Maintenant

Donc, nous sommes aujourd’hui, mais eux parlent comme dans un Marivaux. Nous sommes aujourd’hui, mais eux se déplacent avec la nonchalance d’un Rohmer. Mais comme ils sont d’aujourd’hui, ils ne parlent pas, la voix est off et est séparée du corps, ils sont déconnectés d’eux-mêmes. Vayssié excelle ici, lui qui sait très bien faire beaucoup de petits riens. C’est délicieux de les regarder déambuler et se dépêtrer dans cet espace très théâtral fait de-ci de-là de petites scènes, de casiers, de flight case.

Ce groupe d’amis est là pour faire un spectacle et nous assistons à la création de la création. L’idée naît d’une pièce sur Beethoven, sur les empêchements à la création justement : être sourd et composer. Mais dans ce groupe où tout le monde est amoureux de tout le monde, le sujet principal est une espèce d’éducation sentimentale avec « D’un côté le désir et de l’autre la peur ». On rit beaucoup de leurs atermoiements et de leurs trouvailles. L’une propose un spectacle  « horizontal », « sans hiérarchie », où tout le monde du spectateur à l’acteur est logé à la même enseigne. Pas mal ! La bande-son nous installe elle aussi dans différents états : la 8e, mais aussi des notes de Gainsbourg et de l’éléctro. 

Demain

« Comment faire avec l’angoisse du monde sans oublier le réel ? » demande une fille. La pièce propose une solution : assumer : Ça va pas et c’est bien. « La disparition des gens n’est pas la fin du monde » ou quelque chose comme ça.  Alors oui, la mise à distance du jeu, le mélange de tous les genres : garçons/filles, théâtre/cinéma rend l’objet iconoclaste. Nous étions prévenus, nous devions nous souvenir que c’était à la fin, un film comique. Alors oui, regardons le monde d’avant et espérons de demain, où des jeunes gens s’embrassent ou pas, dansent ensemble aussi avec humour plutôt qu’avec tristesse et envie et où aussi on peut partager un café…

RICORDA TI – version film – sortie de résidence Montévidéo – 20 février 2021 from César Vayssié on Vimeo.

Visuel : César Vayssié

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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