Opéra

La musique à la recherche de l’espoir dans « L’Orfeo » de Monteverdi au Théâtre des Champs-Élysées

La musique à la recherche de l’espoir dans « L’Orfeo » de Monteverdi au Théâtre des Champs-Élysées

01 juin 2019 | PAR Yuliya Tsutserova

Le 28 mai 2019, au Théâtre de Champs-Élysées, le maestro de l’opéra baroque, Emiliano GONZALEZ-TORRO, se montre metteur en scène visionnaire, dirigeant son jeune et prometteur ensemble I Gemelli, fondé en 2018, et mettant en valeur des talents vocaux établis et émergents lors de son hommage à l’une des sources de l’opéra italien, L’Orfeo (1607) de Claudio MONTEVERDI.

I Gemelli est un ensemble qui se révèle capable d’une vaste gamme d’ambiances : le jeu pastoral d’une frivolité et simplicité trompeuse, le deuil feutré digne et stoïque, la chaleur et tranquillité rédemptrices du soleil triomphant. Dans son arsenal d’instruments d’époque : cinq violes au timbre onctueux et moelleux, une harpe délicate et évocatrice sous les doits sensibles de Flora PAPADOPOULOS, et le luth mélancolique et contemplatif de Thomas DUNFORD. Les cordes, avec Pierre GALLON au clavecin, tissent un Ritornello resplendissant comme au premier jour de l’aurore du baroque. Les cuivres, en revanche, y sont malheureusement assaillis par des difficultés d’ordre technique : des creux, des sifflements, et quelques notes fausses dans la gamme supérieure en résultent, hélas.

Pour les moments mémorables vocaux, la place de choix est occupée, sans conteste, par la jeune Lea DESANDRE qui incarne La Messagiera. Son aria « Ma io, che in questa lingua… » de l’Acte II est en soi un cadeau d’une sophistication tonale et subtilité émotionnelle envoûtantes. Desandre l’exécute avec une tendresse, sincérité, et regret vif, avec la technique la plus raffinée et la plus discrète, de telle sorte que l’on pleure son exil volontaire dans l’obscurité presque plus que la descente aux enfers de l’Eurydice de Giulia SEMENZATO, fiable mais un peu restreinte en gamme dynamique. L’on se pose la question d’à qui appartiennent les notes richement structurées et colorées depuis les chœurs pastoraux des Actes I et II, et l’on découvre, avec l’entrée sur scène de La Speranza à l’Acte III, que leur propriétaire est la mezzo-soprano Eva ZAÏCHIK, une présence dramatique aussi puissante que posée avec « Ecco, l’altra palude… », imaginée par Karine GODIER et Sébastien BLONDIN en apparition émeraude baignée de lumière d’autre monde, une vision aussi éthérée que vibrante. Une mention honorable est due à la Proserpine sinueuse et gracieuse de Mathilde ÉTIENNE, dont « Signor quell’infelice… » porte Plutone jusqu’au larmes en lui rappelant leur premier amour avec ces vers de  Striggio, « Si tu as aimé la pureté de mon front que tu nommes ton ciel… », l’un des plus beaux moments poétiques de cette « favola in musica ».

Entre le spectre dégingandé et imposant de Caronte, dont la cape cache la basse Jérôme VARNIER, un pur délice dramatique et vocal d’interprétation. C’est une voix remarquable du noir d’encre aux profondeurs souterraines, inébranlablement posée et au ton sans faute qu’il incarne avec le « O tu ch’innazi mort’ a queste rive… » de l’Acte III, capable de rendre la mort-même séduisante. Aux antipodes, le dieu-soleil Apollon de Fulvio BETTINI, un baryton saturé d’harmoniques dorées. Le « Perchè a lo sdegno e al dolor… » de l’Acte V est majestueux, vif, plein de grâce. Entre l’enfer et le paradis, tout le doute et adoration d’Orfeo sont divulgués de façon convaincante et émouvante par Emiliano GONZALEZ-TORRO, au meilleur de sa forme  « Questi i campi di Tracia… ». Les ténors Mathias VIDAL et Dávid SZIGETVÁRI s’amusent bien en Pastores sautillants, mais le dramatique prend parfois le dessus pour VIDAL produisant des atterrissages vocaux un peu approximatifs…

Visuels: 

Lea Desandre © Stefan Brion

Eva Zaïcik © Victor Toussaint

Jérôme Varnier © Julien Benhamou

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_des_champs-elysees

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