Jeune Public
A l’Opéra, Le Petit Chaperon rouge est servi aux loups

A l’Opéra, Le Petit Chaperon rouge est servi aux loups

28 novembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre de la programmation jeune public, l’Opéra de Paris accueillait dans l’amphithéâtre Olivier Messiaen la troublante version de l’iconique conte par Georges Aperghis.

En 2000, Georges Aperghis compose un Chaperon rouge ultra fidèle à la première version de Perrault dans un jeu de déconstruction rythmique cher à la musique contemporaine. Charlotte Nessi met ces notes en scène dans un univers qui mixe à la fois les personnages de Tex Avery et ceux de David Lynch.

Nous sommes dans un cabaret, où se trouve une scène barrée d’un grand rideau rouge. A ses pieds se trouvent deux pianos droits vus de dos et six tables élégantes. Quand l’histoire commence, tout sonne faux. Une voix off raconte « à l’ancienne », en mode « il était une fois ».  Le chaperon, la grand-mère et le loup arrivent dans des costumes dignes du pire. Et là, Teddy Gauliat-Pitois craque et il dit « Je le sens plus ». On se marre, les enfants si nombreux ce samedi pour la dernière s’esclaffent. Evidemment ! Mais ce « je ne le sens plus », c’est aussi et plus sérieusement un constat actuel : quoi, encore, des gros dégueulasses à la gueule pleine de crocs prennent les jeunes filles pour des bonbons ? 

C’est cette hérésie que vient dire cette mise en scène ou tout n’est que répétition, et cela en devient presque, tiens… harcelant. Les musiciens à vent (Carjez Gerrestsen, Eric Lamberger, Patrick Ingueneau), les pianistes (Pierre Chalmeau, Teddy Gauliat-Pitois) et les comédiens (Arthur Goudal et Axel Delignières) vont tous peu à peu devenir LE loup, connu mondialement et par tous, et surtout toutes. Alors ils disent l’histoire en français, en anglais, en italien, en russe. Pour dire à quelle point ce drame là est universel. Et leurs souffles déraillent, décalent, dissonent pour nous installer dans cet univers à la fois chic et pervers.

Elle, Anna Swieton, a une allure de proie. Elle est vêtue d’un tutu et d’un justaucorps à bretelles, rouges évidement ! Elle est violoniste et elle tire, tire ses rondes dans des Mi suraigus. Elle se défend. Et au milieu de ce monde glauque, l’humour nous sauve de l’angoisse. Comme le loup de Tex Avery, Arthur Goudal se cambre et montre les dents de séducteur, et comme dans un épisode de Bugs Bunny les pianistes vont passer une tête en latéral quand leurs corps sont invisibles.

Cette vision du Chaperon rappelle l’aridité du texte qui tient en une page et c’est tout, bois, galette, petit pot de beurre et la chevillette tirée compris. C’est brillant d’hacher ce récit encore plus, dans ses trois temps (le voyage, l’arrivée à la maison, le carnage).

Par son traitement du sujet et sa mise en scène qui joue des accumulations, du conte dans le conte, des empilements, le spectacle ne s’adresse pas du tout au très jeune public mais aux enfants à partir du CE2. 

Moralité ? La pièce est parfaite et elle est actuellement en tournée. Vous pourrez la voir à l’Opéra de Dijon le 8 décembre. Et du côté de l’Opéra de Paris, le prochain spectacle jeune public sera de la danse, du 4 au 10 décembre avec W.A.M We are Monchichi de Honji Wang et Sébastien Ramirez.

Visuel : © Yves Petit

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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