Théâtre
Que serions nous sans Philippe Caubére ?

Que serions nous sans Philippe Caubére ?

28 novembre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Philippe Caubère revient avec une création autour des Lettres de mon moulin de Alphonse Daudet. Il réinvite son public au Théâtre de l’Oeuvre pour un seul en scène  joyeux et complice.

Philippe Caubère semblait avoir dit au revoir à son public avec Adieu Ferdinand créé à Avignon en 2017. En 2015, toujours à Avignon, il avait joué Le Bac 68, un texte vieux de presque quarante ans. Son public chaque fois fut au rendez vous. Pour retrouver ce ton qui signe le style Caubère, un ton qui imite la confidence et la conversation avec le public. Aujourd’hui un nouveau chapitre débute.

Caubère joue Caubère.

Tout  commence en Avignon en 1981 avec la pièce La danse du Diable. Ou plutôt en 1980, Philippe Caubère a alors 30 ans et il vient de quitter la troupe de Ariane Mnouchkine. Il avait  été l’Abdallah de L’Âge d’or,  l’un des plus beaux spectacles du Théâtre du Soleil, puis il avait incarné le Molière dans le film éponyme d’Ariane Mnouchkine.

En quittant la troupe du Soleil, il est un acteur en recherche de lui même. Il décide alors de se prêter à un exercice d’acteur incroyable : devant un homme de théâtre son  ami, Jean-Pierre Tailhade, et devant son épouse, Clémence Massart (actrice elle aussi), il improvise des heures, des jours et des nuits durant. Il improvise, retranscrit et compile ce qui va devenir le substrat de tous ces spectacles à venir.  

De ce substrat l’artiste a peut être tout extrait, a certainement construit son immense talent et une page s’est tournée. Philippe Caubère en grande forme nous revient apres l’arrêt covid et apres un calamiteux épisode judiciaire. En 2018, la militante Solveig Halloin avait porté plainte contre lui pour viol. En 2019, après un an d’une enquête fouillée, l’affaire avait été classée sans suite. La plaignante publiait alors sur sa page Facebook que les policiers chargés de l’enquête s’étaient masturbés devant elle, pendant son audition. Le comédien a ensuite porté plainte pour diffamation et dénonciation calomnieuse. L’ancienne Femen désormais militante pour la cause animale a été condamnée en septembre dernier à une amende de 500 euros avec sursis pour diffamation. Le tribunal correctionnel de Paris l’a en outre condamnée à verser 1 000 euros de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral subi par l’artiste, ainsi que deux milles euros pour ses frais de justice.

Caubère restitue le monde de Daudet sans décor, sauf le public. 

Son retour s’opère avec les textes de Alphonse Daudet. Le comédien explique : Je voudrais toucher et distraire en plongeant le spectateur dans le monde à la fois merveilleux et cruel d’Alphonse Daudet … je voudrais que ce monde soit restitué et incarné comme si l’on entrait dans un film. En creux, il veut oublier pour un moment le Daudet antisémite convaincu qui a notamment participé au financement de La France Juive de Drumont. Seul le monde de l’écrivain nous chaut. Ainsi, Philippe Caubère joue treize histoires, réparties sur deux spectacles, se désintéresse de Salvette et Bernadou, conte de Noël, où apparait l’usurier Augustus Cahn.

Caubère incarne aussi bien le narrateur, Alphonse Daudet lui-même, que tous ses personnages, de la chèvre, de Monsieur Seguin au loup, du curé du Cucugnan au Bon Dieu en personne. Pour tout décor, un porte-manteau pour poser son chapeau. Les rires s’enchaînent. Les générations de spectateurs se retrouvent dans une même bonne humeur. L’amour et son bonheur circulent. Sur un plateau nu, Caubère restitue tout, invente les voix, les accents, les silences. Toujours sur le fil, d’un geste d’une grimace, d’une intonation, d’un léger mouvement d’épaule, il fait émerger un univers. 

Le spectacle met l’acteur au centre et nous rappelle que le théâtre est l’affaire d’une circulation entre les comédiens et les spectateurs. Le public est partie intégrante du dispositif scénique. Par la grâce de la même équation, finalement, que serions nous sans Caubère? 

A vérifier avec gourmandise à tout âge.

LETTRES DE MON MOULIN
d’Alphonse Daudet
par Philippe Caubère

Du jeudi 11 novembre au 8 janvier 2022
au Théâtre de l’Œuvre à Paris

Du mercredi au samedi à 19h & le dimanche à 17h

DEUX SPECTACLES JOUÉS EN ALTERNANCE

Visuel Affiche 

1ER SPECTACLE
à 19h et le dimanche à 17h
• jours impairs
Durée: 1h35
 
Installation, La diligence de Beaucaire, Le secret de Maître Cornille, La chèvre de Monsieur Seguin, L’Arlésienne, La légende de l’homme à la cervelle d’or, Le curé de Cucugnan, Le poète Mistral
 
2ÈME SPECTACLE
à 19h et le dimanche à 17h
•jours pairs
Durée: 1h35
La mule du Pape, Les deux auberges, Les trois messes basses, L’élixir du révérend père Gaucher, Nostalgie de casernes
 
 
 
 
 
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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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