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Jerk, sexe morbide au Nouveau Festival du Centre Georges Pompidou

23 février 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre de la troisième édition du Nouveau Festival, le centre Georges Pompidou accueille le solo époustouflant écrit par Gisèle Vienne d’après une nouvelle de Dennis Cooper pour Jonathan Capdevielle : « Jerk ». Interdit aux moins de 12 ans. Ambiance.

Jonathan Capdevielle est David Brooks. Il purge une peine à perpétuité pour avoir, avec ses amis Dean Corll et Wayne Henley participé à un rite de torture visant à tuer, découper puis violer des jeunes hommes. « Il y a eu un meurtre, en fait 27 ». En prison, David est devenu marionnettiste. Par son art, il expie en mettant en scène l’histoire de ce trio barbare. Spectateurs, nous sommes dans l’amphithéâtre d’une université texane où le spectacle se donne.

La façon dont Jerk peut être reçu dépend terriblement de l’endroit où il est donné. Le postulat de Gisèle Vienne est de troubler le réel. Est-ce un comédien ou un criminel qui est en face de nous ? Depuis sa création en 2008, la performance a été montrée dans plusieurs endroits dont le festival d’Avignon à l’occasion d’une 25e heure. Donné à 1 heure du matin au cœur de l’été, le jeu de Capdevielle apportait une tension érotique autant malsaine que captivante. Quatre ans plus tard, la perception dans l’espace 315 de Beaubourg est aussi forte mais diffère. Hiver, fin d’après-midi. Pour accéder au « théâtre » on traverse une installation hallucinatoire de Gisèle Vienne : 39 poupées assises, taille enfant, comme pour une photo de fin d’année scolaire. En face, 40 portraits de ces mêmes poupées. Angoissante, la proposition agit comme un sas de montée en tension.

Jonathan Capdevielle fait distribuer des fanzines numérotés, récit de ce qui est encore indicible, puis commence. Gore immédiatement, d’autant plus trash que l’homme qu’il incarne a vécu. La bestialité est livrée sans distance suscitant parfois un rire de défense avant de sombrer dans une captive obsession. Présenté dans ce cadre, c’est la perversité sauvage qui prime, renforcée par le talent du comédien.

Il est assis vêtu de l’uniforme « jean-rangers-sac militaire ». Muni de marionnettes à gaines en castelet, qui, traditionnellement sont le support à des scènes violentes, il manipule sa voix et la ventriloquie. Capdevielle use de ses cordes vocales avec un talent impressionnant venant renforcer la tension du propos où se mêlent viols morbides, sexualité et violence brut dans un réalisme insoutenable. Le vrai vient de poupées rendant la vision acceptable sans qu’elle soit pour autant supportable. La volonté de n’apporter aucune distance ni avec le propos ni avec le public fait de Jerk une expérience troublante totalement inoubliable faisant honneur au genre performatif.

Photo : © Alain Monot- Tous droits réservés © MYRA 2012

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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