Théâtre

« Adishatz » de Jonathan Capdevielle : pourtant, que la montagne est belle

« Adishatz » de Jonathan Capdevielle : pourtant, que la montagne est belle

13 décembre 2017 | PAR Simon Gerard

Du 12 décembre au 6 janvier, et dans le cadre de l’édition 2017 du Festival d’Automne, le Théâtre du Rond-Point présente Adishatz de Jonathan Capdevielle. On trouve dans la reprise de ce court spectacle créé en 2010 les éléments caractéristiques d’une esthétique personnelle et originale – mais pas extravagante. Comme dans les récents Saga et A nous deux maintenant, polyphonie, chant, danse et folklore sont mobilisés pour livrer une réflexion toute personnelle de l’artiste sur sa vie, son passé, sa vocation et sa position dans le monde.

La première voix étonne. Jonathan Capdevielle – cannette de Pepsi à la main et sweat Trasher sur le dos – reprend a capela les tubes internationaux de sa génération. Toxic de Britney Spears, Poker Face de Lady Gaga, Freed from Desire de Gala… Tout le top 50 y passe. Le timbre est naturellement haut-perché et mélodieux. C’est impressionnant, c’est maîtrisé, c’est très incongru. On se demande où il veut en venir, on s’interroge sur les tenants et aboutissants de cet étrange jukebox humain.

Puis d’autres voix arrivent par le même canal, comme des interférences locales, et contrastent avec le flux mondial et consensuel des grands succès pop de la fin des années 90. Des voix occitanes, qui entonnent des chansons paillardes entre deux rots, nous éclairent : c’est de façon progressive, par une très lente mobilisation de la polyphonie, que Capdevielle nous fait entrer dans le monde auquel il a décidé de dire adieu.

Aussi internationaux soient-ils, les titres de Madonna, Britney Spears, Gala et les autres sont toujours écoutés et dansés dans un lieu du monde précis, à une époque spécifique. Pour Capdevielle, ce sont les Pyrénées, où il a passé son enfance et son adolescence. Par épisodes entrecoupés de scènes de danse travestie, il montre certains épisodes qui l’ont marqué, et qui ont pu déterminer un choix : celui de s’éloigner de ce monde étrange, parfois vulgaire, parfois tendre, parfois violent, parfois drôle.

Seraient-ils stéréotypés, clichés et faciles, ces discours et accents des hommes et femmes à qui Jonathan Capdevielle prête sa voix dans Adishatz ? Non. Les scènes de vie – conversation téléphonique avec le père, bagarre en boîte avec des amis, visite à l’hôpital d’une vieille connaissance – qui composent la pièce sont réelles et réellement folkloriques. La crudité de certains moments n’est pas exagérée ; si c’était le cas, Capdevielle ne serait d’ailleurs pas sur scène pour dire adieu à cette période de sa vie. On comprend l’importance d’un tel spectacle pour son auteur, qui se donne pour tâche d’incarner tout ce qui a pu le pousser à mettre son passé à distance. Le théâtre et l’autofiction par le théâtre permettent à l’artiste de mieux se comprendre, mieux se connaitre. Du côté du spectateur, la démarche artistique de Capdevielle est aussi belle qu’utile : elle témoigne d’un individu qui a pris la décision ferme de prendre la tangente.

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