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Histoire spirituelle de la danse : livres et causeries (suite !)

Histoire spirituelle de la danse : livres et causeries (suite !)

29 octobre 2015 | PAR Franck Jacquet

Après deux premiers le Traité de la Boule de cristal et La visite curieuse et secrète, le jeune dramaturge David Wahl revient pour un troisième volet de ses causeries érudites, drôles, décalées et données sur le ton d’un salon des Lumières. Cette fois, il s’agit de disserter sur une Histoire spirituelle de la danse. Le texte sera prochainement publié mais il est encore possible de le voir joué au début du mois de novembre dans la petite et intime salle de la Maison de la poésie (il ne reste déjà plus que quelques places, preuve de l’engouement pour celui qui se veut ami des pingouins !). L’auteur nous a consacré quelques minutes pour évoquer ce nouveau projet.  

TLC : Vous en êtes à la troisième Causerie, écrite et jouée. Qu’entendez-vous par ce terme ?

DW : Une  causerie est un récit, un texte se situant à mi-chemin entre récit de voyage et monologue théâtral. Leurs formes puisent dans une époque où on pensait que la connaissance pouvait passer par un passage en revue de l’ensemble de nos savoirs. Il n’y avait pas de grandes différences entre les différents domaines de savoir ; un mythe, une vérité spirituelle pouvaient s’accorder et permettre la lecture du monde. On ne peut plus penser ainsi.

En fait, pour résumer, je cherche à développer une subjectivité et une poétique maximale, quelque chose qui soit très personnel, mais toujours en partant de faits réels que transforme et que j’interprète.

TLC : L’historien sera fasciné par cette manière de jouer sur l’ambiguïté entre vérité et vraisemblance historique. Vous utilisez des détours et des raccourcis souvent donc « faux » pour finir un mouvement par une idée vraie. Pourquoi ce jeu entre vérité et vraisemblance ?

DW : Tout est vrai en réalité. C’est la manière de mettre les événements en regard qui fait un récit subjectif. Je m’amuse à mettre en résonance des faits éloignés et c’est l’étonnement et l’émerveillement que je raconte et que j’essaie de faire passer au public. J’insiste sur le fait que par la causerie j’émets des constructions poétiques autour de faits réels qui se colorent d’une subjectivité, de l’invraisemblable, le tout au service d’une démonstration. En fait, c’est comme si je trouvais les choses malgré moi et au final, la démonstration n’est là que pour permettre la surprise d’une révélation inattendue.

 

 

TLC : La religion est importante dans vos textes

DW : Ce n’est pas la religion, ce sont les maîtres spirituels et la théologie qui sont présents dans mes textes. Pour moi, la théologie a fait sa place dans une construction émotionnelle du savoir.

TCL : Revenons à cette nouvelle causerie : quel en est son propos ?

DW : L’histoire spirituelle de la danse est consacrée à cette antienne qu’on répète en Occident : il y a d’un côté le corps, de l’autre la pensée et chacun a son histoire. Les deux s’ignorent et s’opposent. Nous sommes donc les héritiers d’une tradition chorégraphique phénoménale (danse classique, corps occidental…) mais qui en même temps est repoussée par une forme de peur inspirée par nos traditions spirituelles. Mais pourquoi cette peur de la danse ? Sur quoi repose-t-elle ? Y aurait-il une histoire traumatique de la danse en Occident ? Pour répondre, ou pas d’ailleurs, je convoquerai tout : l’histoire, l’anatomie, la médecine, la mécanique, la géographie…

TLC : Est-ce que l’ambiance créée par la mise en scène, jouant sur le clair-obscur et le mystérieux, sera présente ?

DW : (Avec les causeries) J’effectue un travail de conteur. Le conteur a besoin de deux choses : une atmosphère intime et confiée et un feu de cheminée. Je cherche à transposer cette veillée dans mes spectacles et j’aime conter dans l’atmosphère d’un cabinet de curiosités.

TLC : Autre particularité, vous faites jouer un animal dans votre Causerie consacrée aux animaux, et pas n’importe lequel, un manchot. Un vrai, qui se trouve à Brest. Il s’appelle Dominique. Le retrouverons-nous en tant que « danseur » ?

DW : Dominique va très bien, il a joué avec moi en septembre lorsque j’ai repris La Visite curieuse. Il est devenu pour moi l’animal emblématique des causeries parce que même connu, on le prend comme les événements que j’évoque pour ce qu’il n’est pas. Le manchot, c’est le dévoilement de la vérité !

TLC : Vous aimez le jeu ? Vous voyez-vous jouer un texte écrit par un autre ?

DW : Je ne l’ai jamais fait, je ne le considère pas comme un acteur. L’occasion ne s’est jamais présentée, mais je ne dis pas non.

TLC : Pour terminer, que pensez-vous créer prochainement et avec quelles lectures originales ?  

DW : J’ai plusieurs projets. Le premier traitera du déchet. Le second est la suite de L’histoire spirituelle et aura pour objet la Femme. Pour ce qui est des lectures, je li des choses affreuses : des livres sur l’anthropocène, sur l’effondrement technique des sociétés. Cela sera abordé dans mes prochaines causeries. 

 

Visuels :

– Couverture de l’ouvrage

– Affiche de l’événement – (c) Maison de la Poésie

Tarifs : 15 euros (réduit : 10 euros)

Informations livre : WAHL, David, Histoire spirituelle de la danse, à travers laquelle on s’efforcera de découvrir le mystérieux mouvement des fins dernières, afin de parvenir à la connaissance, si toutefois telle chose peut s’entrevoir, des raisons oeuvrant à la chorophobie, Paris, Riveneuve éditions, novembre 2015 (ISBN : 978-2360133260), 10 euros.

Infos pratiques

Compagnie Contre Ciel
Influenscènes
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