Essais
« Le petit Traité de la boule de cristal » de David Wahl

« Le petit Traité de la boule de cristal » de David Wahl

04 novembre 2014 | PAR Franck Jacquet

L’auteur et performeur David Wahl propose un court propos qu’on pourra rapprocher d’une causerie. Il disserte à la manière d’un érudit du Grand Siècle sur la boule de cristal, objet fétiche et mystérieux. Le texte, sans prétention et drôlement suranné, se laisse vite dévorer !

[rating=4]

traité boule de cristalDrôles de causeries
Le titre complet ne laisse déjà que peu de doutes : Traité de la boule de cristal sous la forme d’une dissertation savante, au cours de laquelle on tentera de découvrir les formes, usages, origines et nature d’un objet si mystérieux et tant secret, qu’avant ce livre, personne n’avait songé à en écrire un. Reprenons notre souffle ! C’est une drôle de causerie qui est proposée. David Wahl disserte sur un sujet très anodin mais avec tout le sérieux qui semble nécessaire pour faire l’archéologie de l’objet boule de cristal. A sa manière, il singe les discours, problèmes et prolégomènes considérés par les philosophes du XVIIe siècle et des Lumières. L’auteur cherche à savoir pourquoi cette forme de boule, quand bien donc elle a pu apparaître et à quoi elle a pu servir.
Mais derrière un propos scientifique, c’est plutôt une érudition qui nous est donnée à lire. Et cette érudition est toute d’une drôlerie teintée d’ironie. Derrière le motif du discours, il grappille des épisodes d’histoires en Histoire, de siècles en contrées reculées et accumule des indices autour de la fameuse boule. Le dramaturge utilise en fait le prétexte de la boule pour nous rappeler toute la vacuité de la recherche de la « date de naissance » d’un objet : de même qu’il est vain de réellement chercher un commencement à l’histoire de notre boule, il est amusant de constater que les changements de calendriers chez les chrétiens (calendrier grégorien, julien, changements ordonnés par les monarques…) sont de vains échos de notre quête d’un commencement. Pourquoi chercher une date pour l’apparition de la boule de cristal quand un pape, en l’occurrence Grégoire XIII, décide que le lendemain du 4 octobre 1582 serait pour tout bon chrétien le 15 du même mois !? D’ailleurs, pourquoi parler de boule alors que souvent, il faut plutôt chercher du côté des miroirs magiques ? Allons plus loin même : le charlatan Cagliostro au XVIIIe siècle ou le scientifique contemporain Jacques Benveniste n’étaient-ils pas les meilleurs d’entre nous lorsqu’ils cherchaient à lire dans le passé ou l’avenir dans ce support naturel, magique et inquiétant qu’est l’eau ?
L’auteur fait donc la cueillette des indices comme le ferait Carlo Ginzburg dans ses recherches sur les sorciers de l’époque moderne, mais il ne fait pas œuvre d’historien ici. Il s’attache à une cueillette aussi désorganisée que stimulante, montrant une fois de plus qu’en matière d’histoire, la rigueur de la démonstration peut être moins porteuse que l’intelligence de la restitution d’un passé. Aussi, la plasticité de l’objet étudié est à la hauteur de la richesse des chemins de traverse empruntés par le texte !

Des causeries… à entendre
L’ouvrage est donc un véritable cabinet de curiosités prenant forme par La lettre. Mais il prend encore plus sa dimension mystérieuse lors de lectures que l’auteur organise régulièrement, exercice dans lequel il excelle. On attend donc avec impatience les prochaines lectures publiques.
Il faut donc savoir que ce Traité est animé par un David Wahl aussi performeur que « causeur » et que de plus, il est une partie d’une trilogie de « causeries ». Chacune doit être vue et entendue. Ainsi en octobre dernier à l’Océanopolis de Brest et en collaboration avec le Quartz (la scène nationale de la ville), l’auteur accompagné du manchot Dominique (oui, oui, un vrai !) avait joué une autre partie de ces causeries, La visite curieuse et secrète, ou Relation véritable des choses inouïes se passant en la mer et ses abysses, le tout représenté devant des animaux visibles et vivants.

L’ouvrage nous rappelle que souvent, les cheminements sont plus intéressants que leur aboutissement. La boule de cristal ? Un beau prétexte pour voyager mais aussi réfléchir sur notre imaginaire et les objets qui s’y rattachent. Le propos n’est que digressions, mais celles-ci ne sont jamais vaines, et c’est toute la valeur du propos de David Wahl dont on ne saura que trop conseiller de suivre les prochaines lectures publiques.

David Wahl, Traité de la boule de cristal, Riveneuve éditions – Archimbaud, septembre 2014, 10 euros
visuel : couverture du livre

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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