Danse
Transpositions : Bijoux en bronze, encres de chine et danse

Transpositions : Bijoux en bronze, encres de chine et danse

27 octobre 2011 | PAR Smaranda Olcese

Dans l’écrin intime et chaleureux de la galerie, rue de l’Echaudé, se joue une rencontre rare et précieuse : des bijoux en bronze côtoient des encres de Chine issues d’une même imagination créatrice. L’artiste, Christophe Tissot, invite Maroussia Vossen et sa danse devient le véhicule privilégié de ces Transpositions.

Habitué aux interventions dans des grands espaces ou lieux publics tels la place Vendôme à Paris, l’artiste investissait en septembre dernier la chapelle Saint-Pierre-le-Puellier à Orleans pour un parcours poétique, traversée d’un polyptique étendu sur 30 m, lors d’une exposition dédiée à la Loire : Fleuve Mémoire. A la galerie Cipango, Christophe Tissot montre des encres de chine issues d’une suite d’une centaine d’œuvres récentes grand format. Le geste  est fort et assuré, qui inscrit sur les surfaces blanches ses hésitations même, ses errements dans des espaces imaginaires, ses recherches d’une justesse salutaire. L’encre de chine paraît un médium privilégié de cette propension pour une simplicité savamment élaborée : rugueuse et tendre, exaltée et recueillie, puissante et douce à la fois, elle est surtout réceptive aux plus fins mouvements de l’esprit, l’hado des maîtres japonais.

La finesse du geste de l’orfèvre, qui marque son travail de bijouterie, semble au premier abord contraster avec l’envol des grands traits qui colonisent les surfaces. Un dialogue intime y est à l’œuvre. Les bijoux, lourdes parures, pendentifs et bagues, recèlent, dans les riches gravures qui y sont inscrites, les traces fabuleuses des rêves de ces mêmes mondes imaginaires. Le poids concret du métal massif et précieux, archaïque, les transforme en autant de preuves d’existence de ces contrées fantasmées au charme barbare et mystérieux. Ce n’est pas par pure coïncidence que la galerie reprend l’ancien nom que Marco Polo aurait donné à l’archipel nippon quand toute une partie du monde était encore à découvrir, difficilement accessible, dangereuse et secrète. C’est l’esprit de ces premiers explorateurs que semblent partager Sylvie Tissot-Schneider et Christophe Tissot, non pas la soif sanglante de conquête, mais le désir d’arracher aux Terrae Incognitae de l’imaginaire des morceaux de rêve taillés dans des pierres et matériaux précieux.

Maroussia Vossen évolue dans cet environnement avec grâce et intelligence – une intelligence tactile, sensorielle, tellement riche. Danseuse et chorégraphe déjà reconnue pour ses collaborations avec des artistes peintres, sculpteurs, musiciens, poètes et photographes, elle développe l’art subtil du dialogue avec les œuvres, que ce soient celles de Robert et Sonia Delaunay, Nicolas de Staël ou, à présent, Christophe Tissot. Elle sait tout d’abord écouter le crissement des plumes et brosses sur le papier avide d’encre de chine ou le chuintement du métal en fusion marqué de tracés et d’inscriptions énigmatiques, apaisé par le contact enveloppant de la feuille d’or. Elle caresse parfois les planches, ses mouvements entrent en résonance avec les gestes de l’artiste, réveille par ses traits nerveux et doux à la fois, profondément expressionnistes, les énergies enfouies dans les surfaces. Son corps délicat mène les parures dans la danse, fait s’épanouir les volumes qui rayonnent au contact de la peau, les fait vibrer de rythmes secrets inscrits dans des temps minéraux. Les improvisations de Maroussia Vossen deviennent plus saisissantes de se nicher dans le silence habité par les œuvres.

 

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